Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 06:56

Le sujet traite des grades d’Elus et de leurs évolutions dans les rites maçonniques des Atel :. de perfection. Il est bon de savoir que la fonction d’Elus n’existe qu’au REAA et au Français, le RER se rattachant aux Elus Cohens et le GOE passant directement du grade de maitre au Grade de chevalier de l’aigle Rouge

Petit rappel Historique du Rite Français

Juillet-août 1785, le G.O.D.F. fixe, pour les Loges de sa correspondance, le rituel des trois premiers Grades. Les cahiers manuscrits qui sont approuvés correspondent toujours au rituel en pratique au sein des Loges du Rite Français de la G.L.N.F. »

1784-86, le Grand Chapitre Général de France arrête les rituels de Hauts Grades, répartis en quatre Ordres. Les cahiers manuscrits de ces quatre Ordres correspondent aux rituels pratiqués aujourd’hui au sein du Grand Chapitre Français. »

« 2 février 1788, le Grand Chapitre Général de France abandonne son autonomie pour constituer au sein du G.O.D.F. le Chapitre Métropolitain. Le système en 7 Grades du G.O. est en place qui sera par la suite dénommé Rite Français. »

« 1801, impression et publication, sous le titre de « Régulateur du Maçon » pour les Grades symboliques et de « Régulateur des Chevaliers Maçons » pour les Hauts Grades, de l’ensemble des sept rituels du Rite Français. »

« Juin 1979, retour du Rite Français au sein de la régularité avec l’apport de Frères venus du G.O.D.F., de la GLNF Opéra et de la L.N.F. Consécration des deux premières Loges : « Les Anciens Devoirs » N° 238 et « Saint Jean Chrisostome » N° 239. »

« 9 février 1999, signature d’un protocole d’accord entre Claude CHARBONNIAUD Grand Maître de la G.L.N.F. et Roger GIRARD Suprême Commandeur du Grand Chapitre Français, soulignant l’identité parfaite de leurs conceptions de la Franc-Maçonnerie Régulière et reconnaissant l’autorité et la régularité du G.C.F. pour régir les Hauts Grades du Rite Français »

Présentation du Rite Français

On entend par ‘‘Rite Français’’ le Rite consistant en les rituels et règlements élaborés dans les années 1780 et adoptés officiellement, en 1785 pour les trois grades ‘‘bleus’’ ou ‘‘symboliques’’ et entre 1784 et 1786 pour les hauts grades. Ce sont ces documents – essentiellement les rituels, retranscrits sous une forme plus adaptée à l’usage des Loges et des Chapitres d’aujourd’hui - qui sont la base de la pratique actuelle du Rite Français, à la GLNF en ce qui concerne les grades bleus, et au sein du Grand Chapitre Français en ce qui concerne les hauts grades.

Un fait très important que nous voulons souligner : les rituels dont nous venons de parler n’ont existé et n’ont été diffusés au XVIIIe siècle que sous forme manuscrite. En 1801 ils ont été imprimés sous le titre du Régulateur du Maçon pour les grades bleus et sous celui de Régulateur des Chevaliers Maçons pour les hauts grades. Il en résulte que le Rite Français, est caractérisé, surtout pour les grades bleus, comme le Rite du Régulateur du Maçon de 1801.

Cette appellation est malheureuse, en ce qu’elle semble indiquer que le Rite en question prend son origine en 1801 seulement. En réalité il date des années 1780. Il est difficile de lui assigner une date parfaitement déterminée, parce que l’élaboration des rituels et leur adoption constituent un processus qui s’est étendu sur plusieurs années. L’adoption définitive constituant l’aboutissement du processus.

Il faut d’autre part noter qu’on entend parfois assigner au Rite Français une origine antérieure à 1780. Il nous est par exemple arrivé d’entendre dire que le Rite Français existait déjà vers 1760. Ce genre d’affirmations résulte d’une confusion sur ce que l’on entend par ‘‘Rite Français’’. La seule définition précise qu’on peut donner de ce Rite est celle que nous avons donnée au début de la présente note, et elle situe son origine historique dans les années 1780, pas avant. Bien entendu, lorsqu’il fut mis au point dans ces années-là, ce Rite ne fut pas une création ex nihilo. Avant 1780, il existait une pratique maçonnique française ayant des caractères relativement homogènes, et le Rite Français tel que nous l’avons défini est profondément enraciné dans cette pratique antérieure.

De façon générale, il est possible de dire qu’aucun des Rites pratiqués aujourd’hui ne peut prétendre à une origine historique antérieure à 1780. En revanche, tous ces Rites sont plus ou moins fortement enracinés dans des traditions antérieures à 1780, dont chacun d’eux constitue une mise en œuvre particulière. Or un Rite ne peut pas être défini par les traditions dans lesquelles il s’enracine, comme si ces traditions étaient son bien propre, alors qu’il les partage avec d’autres Rites qui les mettent en œuvre d’une manière différente de la sienne. La définition d’un Rite inclut nécessairement la manière particulière dont il a mis en œuvre les traditions plus anciennes qui lui sont plus ou moins communes avec d’autres, et on ne peut lui assigner une origine historique antérieure à l’époque où cette mise en œuvre particulière a été réalisée. Ainsi, insistons-y encore, l’origine historique du Rite Français doit être située dans les années 1780, pas plus tôt et pas plus tard ; ce qui d’ailleurs suffit à faire de lui un des plus anciens Rites actuellement pratiqués, puisque aucun Rite actuellement pratiqué ne peut prétendre à une origine historique plus ancienne.

Faisons maintenant quelques remarques sur l’appellation ‘‘Rite Français’’. Cette appellation ne remonte pas à l’origine historique du Rite telle que nous venons de la préciser. Encore moins remonte-t-elle, bien sûr, aux origines de la Maçonnerie française. ... Elle n’apparaît pas, en fait, avant les dernières années du XVIIIe siècle. A partir de cette époque, et tout au long du XIXe siècle, elle désigne le ‘‘Rite Français’’ tel que nous l’avons défini, c’est-à-dire le système en sept Grades adopté aux dates mentionnées. Toutefois, le Grand Orient lui-même n’a pas dès l’origine baptisé son système ‘‘Rite Français’’. Cette appellation n’apparaît jamais ni dans les rituels et règlements originels, ni dans les délibérations au cours desquelles ces rituels et règlements ont été approuvés. La plus ancienne occurrence que nous connaissions de l’appellation ‘‘Rite Français’’ se trouve dans un procès-verbal de délibération de la Chambre d’Administration du Grand Orient en date du 25 décembre 1799, où il est question d’une loge constituée à l’orient de New York « sous le Rit français ». Toutefois cette appellation n’aurait pas encore été bien fixée à ce moment, puisqu’une autre délibération, du 24 mars 1800, parle encore simplement du « système du Grand Orient ».

En fait, l’appellation Rite Français semble avoir été forgée par opposition à celle de ‘‘Rite Ecossais’’, le terme ‘‘écossais’’ renvoyant à l’origine aux hauts grades : il a d’abord qualifié une certaine classe de hauts grades. Par la suite, son sens a parfois été étendu pour désigner – ainsi que le terme ‘‘Ecossisme’’ – l’ensemble de la Maçonnerie des hauts grades. Et enfin, comme il n’y avait pas au XVIIIe siècle la séparation stricte qui existe aujourd’hui entre hauts grades et grades bleus, l’appellation d’ « Ecossais » en est venue à être appliquée par certains Rites à l’ensemble de leur système, y compris les grades bleus. C’est ainsi qu’il existait dans les dernières années de l’Ancien Régime un système qui n’est plus pratiqué aujourd’hui en France et qui s’intitulait officiellement Rite Ecossais Philosophique – appellation qui apparaît dans des documents avignonnais des années 1780, car ce Rite avait été élaboré en Avignon.

Ce Rite, tel qu’il était pratiqué dans ces années-là, différait assez peu de celui du Grand Orient dans les grades bleus, il en différait surtout dans les hauts grades. En ce qui concerne le Rite que nous appelons ‘‘Rite Ecossais Rectifié’’, il existait également dans les années 1780, mais ne s’appelait pas encore ainsi, il s’appelait seulement ‘‘Rite Rectifié’’. Cependant, il était gouverné, y compris dans ses grades bleus, par des organismes qui s’intitulaient ‘‘Directoires Ecossais’’, ce qui permettait de concevoir ce Rite comme étant ‘‘écossais’’ dans l’ensemble de ses grades, et explique qu’il ait été finalement appelé ‘‘Rite Ecossais Rectifié’’. Ainsi, en face de Rites qui s’intitulaient ‘‘écossais’’ ou se prêtaient à être conçus comme tels, on peut comprendre que le système du Grand Orient de France ait été appelé ‘‘français’’. .

Les Rituels adoptés officiellement nous sont connus à travers plusieurs manuscrits antérieurs à la Révolution qui nous sont parvenus en bon état. Certains de ces manuscrits ont d’ailleurs été récemment publiés en fac-simile. Pour les grades bleus d’abord, ces rituels n’étaient eux-mêmes que le résultat de l’uniformisation et de la codification des pratiques des loges françaises, en prenant ici le mot ‘‘françaises’’ en son sens géographique et national et non en référence à un Rite quelconque. Ces pratiques, antérieurement à 1780, nous sont assez bien connues par différentes sources. Tout d’abord, par des divulgations dont la plus ancienne (la divulgation du lieutenant de police Hérault) remonte à 1737. Ces divulgations ont souvent un caractère commercial, ce qui peut faire suspecter leur véracité, mais elles peuvent être recoupées avec une deuxième classe de sources, qui sont les procès intentés par l’Inquisition, dans différents pays (Portugal, Italie), à des Maçons qui avaient été initiés et avaient pratiqué la Maçonnerie en France. A partir de ces deux sortes de sources, qui se révèlent cohérentes entre elles, on peut se faire une idée assez exacte de la pratique maçonnique des loges françaises dans les années 1740, du moins des allusions au rituel qui aident à se faire une idée de la pratique maçonnique.

A partir de toutes ces sources, on peut finalement arriver à connaître ce qu’était la pratique générale des loges françaises avant l’élaboration des rituels du Rite Français, pratique qui a servi de toile de fond à cette élaboration et lui a fourni ses matériaux. Trois conclusions se dégagent et doivent être soulignées :

1) La pratique rituelle française était relativement homogène bien qu'homogénéité n’engendre pas uniformité. Elle n’excluait pas des différences d’une loge à l’autre, des différences qui nous apparaissent aujourd’hui comme caractéristiques de Rites, par exemple l’ordre différent des mots du premier et du deuxième grade, n’existaient pas alors dans la Maçonnerie française, et les différences qui existaient n’étaient pas perçues ainsi. En fait, la notion de Rites différents dans les grades bleus n’apparaît pas dans les documents de l’époque, elle n’apparaît que pour les hauts grades.

Il est important de souligner cette unité essentielle de la pratique rituelle française au niveau des grades bleus, parce que certains historiens considèrent que la Maçonnerie française du XVIIIe siècle était partagée en deux grands courants, l’un que l’on caractérise comme ‘‘hanovrien’’, et qui serait lié à la Grande loge anglaise de 1717, l’autre qui serait indépendant de celle-ci, voire en opposition avec elle, et que l’on caractérise comme ‘‘stuartiste’’ parce qu’il serait lié au milieu des émigrés stuartistes. Le premier courant serait libéral et ‘‘progressiste’’, le second, autoritaire et conservateur. Sans vouloir entrer dans l’examen des questions complexes que soulève cette conception, disons que rien dans nos sources n’indique qu’il y ait eu deux Rites qui auraient correspondu à ces courants. Il est vrai qu’il existait des loges constituées par la Grande Loge anglaise de 1717 et d’autres qui étaient nées de façon complètement indépendantes d’elle et avaient souvent été fondées par des émigrés stuartistes, mais rien n’indique qu’il y ait eu des différences de pratique rituelle caractéristiques de ces deux sortes de loges. Au contraire, autant que nos sources nous permettent d’en juger, elles pratiquaient toutes, en substance, la même Maçonnerie.

2) Cette pratique commune à la Maçonnerie française était en conformité avec celle de la Grande Loge anglaise de 1717. Ici, il y a une opposition qui est certainement pertinente et qui doit être prise en compte, c’est celle des deux Grandes Loges anglaises, dites des ‘‘Modernes’’ et des ‘‘Anciens’’, dont la rivalité a marqué l’histoire de la Maçonnerie anglaise pendant toute la deuxième moitié du XVIIIe siècle, et encore au début du XIXe jusqu’à leur union en 1813.

La première de ces deux Grandes Loges est celle de 1717.

La seconde est celle qui se constitua en 1753 et qui reprochait à la première d’avoir altéré les anciens usages de la Maçonnerie.

Les membres de la Grande loge de 1753 appelèrent ‘Modernes’’, par dérision, ceux de la Grande Loge de 1717, et s’intitulèrent eux-mêmes ‘‘Anciens’’ pour exprimer leur prétention d’être fidèles aux anciens usages. Nous connaissons les principaux points de rituel sur lesquels la pratique des ‘‘Anciens’’ différait de celle des ‘‘Modernes’’, dont le plus remarquable était l’ordre des mots du premier et du deuxième grade, et on constate dans nos sources que sur tous ces points la pratique française coïncidait avec celle des ‘‘Modernes’’. La deuxième conclusion est donc que non seulement la Maçonnerie française présentait une nette homogénéité, mais que dans son fond commun elle était en accord avec la pratique rituelle des ‘‘Modernes’’.

On peut penser que c’est pour cette raison que le Rite Français est aussi appelé ‘‘Rite Moderne’’.

3) Malgré cette unité essentielle, la pratique rituelle de la Maçonnerie française présentait, nous l’avons admis, des variations entre les loges. Ces variations devaient inévitablement apparaître dès l’instant qu’il n’y avait pas de rituels officiels. La première Grande Loge de France paraît bien n’en avoir jamais eu, et le Grand Orient de France n’en a eu qu’en 1785 au titre des grades bleus.

- L’origine de ces variations n’est pas toujours claire. Donnons en deux exemples significatifs. Le premier sera celui de l’acclamation. On trouve dans la Maçonnerie Française deux acclamations, Vivat et Houzzai (cette dernière diversement orthographiée suivant les sources). La première est attestée par exemple dans le rituel des loges de Lyon de 1772 à l’ouverture des travaux, et plus anciennement, mais pour la loge de table seulement, dans des divulgations des années 1740 comme Le Secret des Francs Maçons de l’abbé Pérau (1744). C’est cette acclamation qui a été retenue par le Grand Orient de France dans son rituel de 1785. L’acclamation Houzzai, utilisée aujourd’hui par le Rite Ecossais Ancien et Accepté, apparaît dans l’édition de 1738 des Constitutions d’Anderson (sous la forme huzzah). En France, elle apparaît dans une divulgation de 1751 (Le Maçon démasqué) à la loge de table. Elle était utilisée par la Mère Loge Ecossaise de Marseille, et par les Loges qui en dérivaient. Il est possible qu’elle ait été à l’origine une particularité (en France) de la Mère Loge Ecossaise de Marseille.

- Le deuxième exemple est celui de la disposition des chandeliers. Les sources françaises les plus anciennes mentionnent trois chandeliers disposés ‘‘en triangle’’, mais les textes ne précisent pas la situation de ce triangle par rapport à la loge. L’iconographie laisse apparaître là aussi des variations. La disposition la plus ancienne et la plus fréquente attestée est celle que le Rite Français a conservée, en accord comme l’illustre le Régulateur du Maçon de 1801. Mais la disposition que l’on trouve au Rite Ecossais Rectifié et au Rite Ecossais Ancien et Accepté est aussi attestée dans certains tableaux de loge et dans certains rituels.

D’autres dispositions sont également attestées par certaines gravures. Ces chandeliers avaient pourtant à l’origine une signification symbolique précise, qui semble d’ailleurs avoir été quelque peu perdue de vue dans les années 1780 : ils représentaient le Soleil la Lune et le Maître de la Loge. Nous ignorons l’origine des variations de position que nous observons. En tout cas, il n’apparaît pas, comme nous l’avons dit, qu’elles aient été perçues comme des différences caractéristiques de Rites.

La principale conséquence de l’absence de rituels officiels, et en même temps la principale source de variations dans la pratique des loges, a été la liberté qu’ont eu les rituels d’évoluer. Les rituels primitifs étaient simples par rapport à l’état dans lequel nous les voyons maintenant, qui est le résultat de cette évolution. Tout en conservant le même noyau primitif, ils ont été considérablement développés et enrichis.

Depuis les années 1770, un besoin de mise en ordre et d’uniformisation se faisait vivement sentir, et beaucoup de loges réclamaient du Grand Orient la rédaction de rituels officiels. Pour les grades bleus, leur mise au point fut pour l’essentiel l’œuvre d’un groupe de Frères qui appartenaient à la Chambre des Grades du Grand Orient de France, et dont le plus connu est Roëttiers de Montaleau. Ils y travaillèrent au cours de l’année 1783, puis leur travail fut soumis à diverses relectures et corrections avant d’être finalement approuvé en 1785, comme on l’a dit. Le préambule du rituel d’apprenti, qui vaut pour l’ensemble des trois grades, indique bien à quel besoin cette rédaction répondait :

« Un autre point, non moins important, est l’uniformité depuis longtemps désirée dans la manière de procéder à l’initiation.

Animé de ces principes, le Grand Orient de France s’est enfin occupé de la rédaction d’un protocole d’initiation aux trois premiers grades, ou grades symboliques. Il a cru devoir ramener la Maçonnerie à ces usages anciens que quelques novateurs ont essayé d’altérer, et rétablir ces premières et importantes initiations dans leur antique et respectable pureté. Les loges de sa correspondance doivent s’y conformer de point en point, afin de n’offrir plus aux Maçons voyageurs une diversité aussi révoltante que contraire aux vrais principes de la Maçonnerie ».

Cette entreprise de mise en ordre et d’uniformisation n’était pas la première du genre, et elle n’est pas isolée dans la Maçonnerie française des années 1780. Elle avait eu un précédent en dehors du GODF celle de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, dont nous savons qu’elle avait adopté dès 1774 des rituels officiels qu’elle communiquait aux loges auxquelles elle accordait des constitutions, avec obligation pour ces loges de se conformer à ces rituels. D’autre part, il est aussi mention du rituel intitulé « grade d’Apprentif des Loges de Lyon en 1772 ». Il pourrait s’agir du rituel officiel de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon. Il semble donc – et il est assuré dans le cas de la Mère Loge Ecossaise de Marseille – que des autorités maçonniques de province avaient précédé le Grand Orient dans son entreprise. D’autre part, il y a dans les années 1780 une entreprise contemporaine et parallèle à celle-ci, et dont le résultat nous est parvenu : c’est celle qui a produit les rituels du Rite Ecossais Rectifié. L’élaboration des rituels du Rite Français se situe donc dans un mouvement plus large, qui correspondait à une nécessité ressentie un peu partout dans la Maçonnerie française.

On peut, à partir de cette étude historique, préciser la place du Rite Français, sinon dans l’ensemble de la Maçonnerie pratiquée dans le monde, du moins dans celle qui est pratiquée en France.

La meilleure manière de caractériser la place du Rite Français est de dire qu’il est le représentant le plus fidèle, parmi les rites actuellement pratiqués en France, de la pratique commune de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle. Cela résulte de ce que nous avons déjà dit, à savoir qu’il n’est pas autre chose que le résultat d’une entreprise de mise en ordre et d’uniformisation de cette pratique. Cela répond, croyons-nous, à une question qu’on entend souvent poser : quelle est la spécificité du Rite Français ? A cette question nous répondons volontiers que la spécificité du Rite Français est de n’en pas avoir.

La comparaison avec le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous permet également d’éclaircir un point laissé en suspens : celui de l’origine de l’appellation ‘‘Rite Moderne’’. Cette appellation, pas plus que celle de ‘‘Rite Français’’, n’a été choisie par les fondateurs du Rite, elle ne s’est introduite que plus tard. En fait, elle a d’abord été donnée, de l’extérieur, au Rite Français, par les Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui à l’imitation de la Grande Loge anglaise des ‘‘Anciens’’, intitulaient leur propre Rite ‘‘Rite Ancien’’ et intitulaient le Rite Français ‘‘Rite Moderne’’.

L’histoire de l’origine des hauts grades du Rite Français comporte des péripéties assez complexes. Nous ne ferons qu’en rappeler les principaux points. Le travail fut commencé par la Chambre des Grades du Grand Orient de France, créée en 1782 avec la mission précise de mettre au point le système de hauts grades destiné à devenir le système officiel du Grand Orient. Ce travail était guidé par le même souci de mise en ordre et d’uniformisation que nous avons vu présider à la mise au point des rituels des grades bleus.

La Chambre des grades s’acquitta de cette tâche documentaire avec beaucoup de sérieux, mais pour des raisons qui ne sont pas bien connues elle ne passa jamais à la deuxième étape, celle de la rédaction des hauts grades. Le travail de rédaction des hauts grades fut réalisé dans le cadre d’un organisme qu’une partie des membres de la Chambre des Grades, sous la conduite de Roëttiers de Montaleau (toujours lui), créèrent en marge du Grand Orient le 2 février 1784, et qui s’appela le Grand Chapitre Général de France. Ces Frères n’avaient pas l’intention de s’ériger en un organisme rival du Grand Orient, mais seulement, semble-t-il, d’avoir les coudées franches pour réaliser le travail de rédaction des hauts grades comme ils l’entendaient, et de remettre ensuite au Grand Orient le résultat de ce travail.

Les animateurs du Grand Chapitre Général de France avaient l’intention de réunir leur Grand Chapitre au Grand Orient de France, et ils ouvrirent à cette fin des négociations qui aboutirent enfin à la réunion attendue, dont le principe fut voté dans la 178e assemblée du G.O., le 4 mai 1787, et dont les modalités furent précisées dans les assemblées suivantes. Par cette réunion, le système mis au point par le Grand Chapitre Général de France devenait le système officiel de hauts grades du Grand Orient.

.... Les membres du Grand Chapitre Général de France, s’appuyant sur le travail de documentation qu’ils avaient réalisé dans la Chambre des Grades, classèrent les haut grades en cinq « ordres ». Cette notion d’ordre était une nouveauté, et elle ne doit pas être confondue avec celle de grade. Un ordre est un ensemble de grades, chaque grade pouvant lui-même exister en plusieurs versions.

Le premier ordre comprenait les grades d’Elu, mais aussi un certain nombre d’autres grades qui se conféraient habituellement entre la maîtrise et les grades d’Elus.

Le deuxième ordre comprenait les grades d’Ecossais.

Le troisième ordre comprenait essentiellement un seul grade, celui de Chevalier d’orient,

Il en était de même du quatrième ordre, correspondant au grade de Rose-Croix.

Tous les grades qui n’entraient pas dans les ordres précédents furent réunis dans un cinquième ordre.

Le Grand Chapitre Général de France décida de rédiger, pour chacun des quatre premiers ordres, un grade unique relevant de cet ordre.

Pour le premier ordre, ce fut le grade d’Elu Secret, pour le deuxième ordre celui de Grand Elu Ecossais. Pour le troisième ordre, on arrêta une version du grade de Chevalier d’Orient, et pour le quatrième ordre une version du grade de Rose-Croix.

Ces quatre grades étaient destinés à être pratiqués. Pour le cinquième ordre, on ne rédigea pas de grade, car les grades qui relevaient de cet ordre n’étaient pas destinés à être pratiqués, mais seulement étudiés. C’est ainsi que la carrière initiatique d’un Maçon du Rite Français, dans les hauts grades, passe par quatre grades :

Le grade d’Elu secret, qu’il reçoit dans le Chapitre ouvert en son premier ordre ;

Le grade de Grand Elu Ecossais, qu’il reçoit dans le Chapitre ouvert en son deuxième ordre ;

Le grade de Chevalier d’orient, qu’il reçoit dans le Chapitre ouvert en son troisième ordre ;

Le grade de Chevalier Rose-Croix, qu’il reçoit dans le Chapitre ouvert en son quatrième ordre.

Lorsqu’on compare les hauts grades du Rite Français avec les hauts grades d’autres Rites, on se rend compte que les différents systèmes de hauts grades ont été faits à partir d’une même matière, à savoir ce foisonnement de grades qu’offrait la Maçonnerie française d’avant 1780. Chaque Rite a traité cette matière à sa façon, en choisissant de retenir plus ou moins de grades, en conservant distincts des grades voisins ou au contraire en les réduisant en un seul. C’est pourquoi il y a des thèmes que l’on retrouve dans plusieurs systèmes, mais dans l’un on les trouve dans des grades différents, tandis que dans l’autre on les trouve réunis dans un seul grade.

Ce caractère exprime un esprit, et il y a incontestablement un esprit du Rite Français comme il y a un esprit de chacun des autres Rites. L’esprit d’un Rite ne peut pas se laisser enfermer dans quelques phrases lapidaires, surtout lorsque, comme c’est le cas pour le Rite Français, il n’a pas de doctrine explicite, son esprit s’exprimant uniquement à travers ses rituels. Lorsqu’on veut dire en quelques phrases l’esprit d’un Rite, même quand il a une doctrine, on est guetté par les approximations, les réductions et les malentendus.

En fait, l’esprit d’un Rite ne se laisse découvrir que de l’intérieur, par la fréquentation assidue et la pratique de ses rituels.

Petit rappel historique du REAA

L’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté s’est articulée en trois périodes qui correspondent, tout au moins en France, à des étapes d’évolution significatives dans l’organisation, le fonctionnement et la gestion des 33 degrés du Rite :

- 1740 – 1821

- 1821 – 1894

- 1894 et au-delà

La première période présente les événements historiques fondateurs du R.É.A.A. Elle conduisit notamment à la création le 31 mai 1801 du Suprême Conseil du 33ème degré pour les Etats-Unis d’Amérique, puis le 20 octobre 1804 celle du Suprême Conseil du 33ème degré en France. L'année 1821 est importante pour ce dernier qui décide de mettre en oeuvre sa première grande réorganisation.

- Les débuts de l’« Écossisme » (1740-1758)

- Exportation de la Maçonnerie Écossaise, dite de « Perfection » aux Antilles (1758-1767)

- Passage du Rite de Perfection au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) (1767-1802)

- Retour en France du système écossais sous la forme du Rite Écossais Ancien et Accepté (1802-1821)

Présentation du REAA

Pourquoi « Ancien » ? Ce terme se rapporte à la Grande Loge des « Antients » qui pratiquait en Ecosse et en Irlande une maçonnerie qui se distinguait de celle anglaise dite des « Moderns ». Ainsi se constitua en 1753 la « Grand Loge of the Free and Accepted Masons according to the Old Institutions », dite Grande Loge des Antients. Il témoigne de la volonté de revenir aux anciens usages chers aux Ecossais ainsi qu’aux Irlandais autour de Laurence Dermott.

1- Pourquoi « Accepté » ? Il s’agit de l’acceptation dans les loges symboliques de membres extérieurs au Métier.

2- Pourquoi « Ecossais » ? Pour se démarquer du système concurrent anglais, né en Ecosse et apparu en France dans les milieux stuartistes réfugiés à Saint-Germain-en Laye à la fin du 17ème siècle, qui créent des loges en France à l’origine de la Grande Loge Provinciale de France en 1736. L’Ecossisme, malgré son nom, naît donc en France dans la seconde moitié du 18ème siècle.

Aux environs de 1740, apparaît en France un grade supérieur au 3ème degré, celui de Maître Ecossais, appelé aussi Maître Parfait. Une loge de Maître Ecossais est fondée à Bordeaux en 1745 qui ne reçoit que des anciens Vénérables Maîtres. Elle ressemble tout à fait à ce que nous appelons maintenant une Loge de Perfection. Le Comte de Clermont crée ensuite un rite en 25 degrés. Même si la paternité du Chevalier de Ramsay dans le processus de fondation de l’Ecossisme est très discutable, on ne peut ignorer que son célèbre discours de 1736 a introduit une réelle inspiration chevaleresque, dont l’Ecossisme est fortement teinté, dans la Franc Maçonnerie spéculative, dont, selon lui, les croisades et la construction des cathédrales seraient la source.

Il s’agit pour l’initié de revenir au Principe Créateur dont il émane afin que le multiple revienne à l’Unité et lui permettre de participer à l’Harmonie Universelle.

Le Rite lui propose dans cette perspective qu’elle lui ouvre, une progression par degrés qui peuvent se décomposer successivement en degrés de Connaissance tout d’abord, puis d’Amour et enfin d’Action.

- Connaissance de soi tout d’abord par un travail d’introspection pour ensuite mieux connaître les autres et notre place dans le monde qui nous entoure afin de comprendre que chacun participe au Grand Tout et se rejoint dans son Unité.

- Amour qui s’exprime par la fraternité qui nous réunit et la place qu’il appartient de faire à l’autre non pas simplement pour accepter ses différences mais pour prendre conscience qu’il est un autre nous-même.

- Action car le REAA demande à l’initié un authentique engagement afin de mettre en pratique ses principes et bâtir l’avènement du Saint Empire.

Le REAA propose à l’initié une quête en 33 degrés qui commence par le grade d’Apprenti, puis de Compagnon et de Maître pour se prolonger jusqu’au 33ème. Au cours d’une lente progression, il rencontrera les différentes traditions qui ont structuré le rite :

- égyptienne (l’hermétisme),

- grecque (le pythagorisme),

- islamique (alchimie)

- hébraïque, (la Cabbale),

- chrétienne (la Gnose)

- et, surtout, chevaleresque (les influences templières).

L’initié entame une quête spirituelle à travers la recherche de la parole perdue, qui transcende progressivement son individualité et l’élève au niveau de l’absolu, en réconciliant la matière et l’esprit, vers cette intelligence que l’on désigne comme le Principe, vers ce que l’on peut définir comme l’état du Saint-Empire, dont le mythe peut être considéré comme le fondement de l’Ecossisme.

Le REAA a d’abord pour but de faire comprendre l’ésotérisme des trois premiers degrés symboliques, qui demeurent des degrés essentiels, et les Hauts Grades qui leur succèdent permettent d’approcher progressivement les problèmes posés par la cérémonie du troisième degré.

Il se définit comme un Ordre Initiatique, Traditionnel, Maçonnique, Chevaleresque et International, à vocation universaliste. Il repose sur la Foi en une Puissance Suprême, Principe Créateur, nommé Grand Architecte de l’Univers. Le REAA conçoit la Franc-Maçonnerie comme une société ayant pour objet l’Union, le Bonheur, le Progrès et le Bien-être de la famille humaine en général et de chaque homme individuellement.

Dans la Bible, le verbe ‘’choisir’’ concerne la vie spirituelle de l’homme ou du peuple et s’emploie avec Dieu comme sujet. Dans l’ancien testament, il est dit que Dieu choisit Israël pour en faire son peuple Elu et que c’est celui à qui il est apparu en songe qui le conduira en terre promise (en terre sainte) , celui que Dieu aura choisi à l’identique de celui qu’il aura oint par l’huile et qui s’appellera « christos » …

Dans sa définition propre, Elu veut dire personne désignée, celui ou celle qui semble disposer d’un don spécial et qui de fait réussit ! Personne ou peuple prédestiné au Salut ! Tout un programme.

Je ne pouvais aborder les grades d'Elus sans parler de ceux existants au REAA, que l’on trouve le terme d’« Élu » dans trois grades, qui sont :

- L’Élu des Neuf, intitulé aussi l’Élu vengeur ; (9ème degré)

- Le Maître Élu des Quinze désigné sous le titre d’Illustre Élu ; (10ème degré)

- Le Sublime Chevalier Élu qui est le véritable Élu. (11ème degré)

Ces trois grades s’inscrivent bien entendu eux aussi dans la suite logique du grade de Maître et résument le parcours initiatique des trois premiers grades vécus dans un nouveau cycle.

  • Le 1er, ou Élu des Neuf, évoque la question de la transgression de la loi et met en lumière les dangers et les méfaits des pulsions vengeresses.
  • Le 2°, ou Élu des Quinze, fait passer de la vengeance à la justice collective, afin que toutes les passions soient épuisées.
  • Le 3° enfin est une forme de consécration de l’initié qui est reconnu comme être devenu un authentique Maître Maçon.

Les manuscrits d’Élus (pour rappel, le mot Élu signifie choisi) relèvent des grades dits couramment « grades de vengeance », alors que ces grades sont en fait des grades d’Élus … un peu comme si en évoquant le grade de Maître, on parlait d’un grade de mort, oubliant qu’en accédant à la maîtrise par la mort, on l’a vaincue en renaissant ! .

Cette mauvaise interprétation est due au besoin que chacun éprouve de classer, cataloguer les choses afin de mieux les dominer ! . Il est important d’éviter de confondre un ou des symboles, avec l’étape initiatique elle-même, de même qu’il est dangereux de confondre l’étape avec l’initiation. On n’est initié qu’une seule fois en maçonnerie lorsqu’on est reçu apprenti franc-maçon. Tous les grades ensuite correspondent à des étapes initiatiques successives, des clés supplémentaires qui permettent d’avancer peu à peu dans la voie de la Lumière et de la Connaissance ... la Gnose.

Et l’on doit considérer ces grades comme étant des grades de purification et d’épuration pour faire jaillir de nous notre matière la plus noble, la plus pure un peu comme l’alchimiste passant de l’œuvre au noir à l’œuvre au rouge avant l’œuvre au blanc. Les outils utilisés sont le poignard et l’épée, instrument de vengeance et de justice employés pour trancher la tête des mauvais compagnons, assassins du Maître. Cet acte en apparence barbare enseigne et nous rappelle qu’il faut supprimer en soi tout ce qui fait obstacle aux élans verticaux vers la lumière, en éradiquant, entre autres choses, l’intolérance, l’ignorance, le fanatisme, l’intégrisme, la jalousie et l’ambition qui sont autant de têtes de l’hydre maléfique … nos scories.

Cette série des trois grades d’Élus marquent l’achèvement du cycle de l’assassinat d’Hiram et de la mort de ses meurtriers pour nous conduire à réfléchir au problème de la justice voire plus de la vengeance.

Le Roi Salomon déclara que neuf Maîtres suffisaient et que le sort désignerait. Les neuf Frères furent ainsi élus. Partir à la recherche des meurtriers, c’est laisser derrière soi la peur de la mort. Ces Élus remplis de zèle sont empressés à accomplir leur devoir. Le chemin du devoir pour le Maître Maçon Élu consiste à partir à la recherche des mauvais compagnons qui ont tué le Maître. Ces mauvais compagnons s’appellent le plus souvent : « IGNORANCE, FANATISME, AMBITION, VANITÉ, ORGUEIL ».

Il est du devoir de chacun de supprimer ses mauvais compagnons qui sommeillent en lui, de les transmuer en bons compagnons, en changeant

- L’Ignorance en Connaissance

- Le Fanatisme en Tolérance (ce qui ne veut pas dire laxisme)

- L’Ambition en Détachement

- La Vanité en Simplici

- L’Orgueil en Humilité

A ce degré le Maître Élu des Neuf est lui aussi appelé à l’action et en aucun cas il ne peut s’ériger à titre individuel en justicier. Ce degré sensibilise particulièrement sur la nécessité du jugement qui ne doit pas s’égarer dans une quelconque vendetta.

Où s’est réfugié l’un des meurtriers du Maître Hiram ? Tiens donc dans une caverne, qui me semble pouvoir correspondre au cabinet de réflexion ! Sur un plan positif elle devient le refuge et la cachette de l’assassin qui cherche dans l’ombre à fuir la justice sur le plan négatif. Il se réfugie dans l’obscurité des ténèbres inférieures (je dirais même de ses ténèbres intérieures) même si la légende rapporte qu’il y avait une source d’eau vive dans la caverne et que celle-ci était au pied d’un buisson … avec pour rappel que le crime et la trahison ne doivent jamais demeurer impunis.

Au 9ème ; 10ème et 11ème degré, intervient le recours du tirage au sort par le Roi Salomon. Ce tirage au sort désigne à chaque fois des maîtres reconnus comme particulièrement zélés dans l’accomplissement de leur devoir. Dans la Bible, quand Dieu élit Moïse prophète d’Israël. Une seule raison pourrait être apportée, l’Amour. Cette élection place cependant sur Israël une charge à laquelle il ne peut se dérober sans être infidèle et sans rompre l’Alliance. La notion vraie d’élection et la justice de Dieu exigent que le peuple qui en bénéficie ne soit pas aveuglé par son élection au point d’en oublier sa mission.

il est essentiel de se pencher sur les définitions de vengeance et de justice, la première ayant un aspect obscur, la seconde un aspect lumineux d’ailleurs me semble-t-il expliquer de façon plus claire au Rite Français dans son 1er Ordre.

Ce mot vient du latin vindicare qui signifie faire fonction de vindex. Le vindex, chez les Romains, était le défenseur, le protecteur, devenu par suite le « vengeur » qui se propose de rétablir le droit d’une victime. Cela correspond à l’évolution de justicier dans l’Antiquité. Au fil des siècles, l’évolution de sens du mot laisse penser qu’il s’agit d’une notion de justice expéditive et barbare.

Ce premier grade d’Élu des grades dits de Vengeance au REAA est désigné de la sorte parce que Johaben est reconnu digne de participer à la mise en œuvre de la justice contre les assassins du Maître. Mais en fait dans son élan impétueux celui-ci commet un acte personnel dicté par la pulsion vengeresse ; cette pulsion aveugle supprime complètement en lui toute capacité de discernement. Quel que soit le forfait commis, un criminel doit être jugé et non pas exécuté sommairement. Ce degré se situe dans la logique de la tradition hébraïque qui applique la loi cruelle du Talion et de la Loi (Tora). Alors que la continuité de la tradition abrahamique une autre alternance est possible. La charité chrétienne suggérera de pardonner, prêchant la miséricorde jusqu’à « tendre l’autre joue » quelle soit l’atrocité du crime.

De même le musulman, pris dans la balance de l’alternative, aura le choix d’appliquer le Talion ou de pardonner selon sa capacité de clairvoyance et/ou sa volonté de miséricorde. On peut définir cette vengeance comme une justice individuelle expéditive, sous l’impulsion de la passion et de l’aveuglement, alors que le sens de La vengeance correspond à une démarche qui relève d’un consensus de réparation, selon la loi action/réaction. Renoncer à la vengeance personnelle pour s’en remettre à la justice collective est le propre de la véritable maîtrise qui convertit l’ombre en lumière et contribue à étendre l’équité au plan social.

Dans les degrés suivants dits de perfection la notion de justice est très présente. Il est bon aussi de se rappeler que la justice est une des quatre vertus cardinales aux côté de la prudence, de la force et de la tempérance. Elle est inhérente à l’ordre et à l’administration d’une société, comme au règlement de la condition humaine. Ceci introduit la notion du Juste qui est défini comme étant celui qui agit selon la justice, avec un consensus accepté de toutes les parties, c'est-à-dire en rendant à chacun ce qui lui est dû.

Dans l’Absolu, seul l’Eternel est juste. Sa justice récompense les hommes justes, châtie les impies. Selon le judaïsme, le « juste parfait » (saddiq gamûr) est celui qui a observé la Torah d’alef à tav, ce dont Abraham est le modèle. Dans la Bible, l’Eternel ne se définit jamais lui-même comme parfait. Seul Mathieu est celui des quatre évangélistes qui utilisera l’adjectif « parfait »

‘’ Pour vous, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait’’ (Mathieu 5,48)

Cette perfection de l’homme reste de toute façon relative ... C’est toujours en relation avec la justice divine, comme action salvatrice, que la Torah parle d’une justice humaine ; même quand celle-ci entendue au sens humain et social. C’est toujours en référence à cet ordre fondamental désigné par le nom hébreu de sedâqâh qui se traduit aussi en termes de Salut, d’Alliance, de royaume de l’Eternel. La pratique de la justice humaine conduit à faire ressortir la vertu de justice, rattachée à l’accomplissement de la volonté de l’Eternel. Ainsi dans le contexte biblique et salomonien, parmi les dix commandants il est prescrit « Tu ne tueras point ». Le meurtre perpétré sur Hiram n’a pas de circonstances atténuantes qui auraient incité à la clémence le jugement rendu par Salomon. En effet, le mobile de l’action des mauvais compagnons est de s’emparer des attributs de la maîtrise sans en avoir l’aptitude, et va jusqu’à commettre ce crime irréparable.

Même si au rite français, la « vengeance » perd donc une partie de sa signification. Les chasseurs d'hommes ne tuent pas « stricto sensu » comme au Grade d'Elu des IX, Salomon ne condamne pas à des supplices horrifiques qui nous sont longuement détaillés comme à celui d'Elu des XV. Ce sont les mauvais compagnons eux-mêmes qui, par leur suicide, satisfont eux-mêmes à la vengeance des Maçons. Ce qui peut, moralement parlant, paraître supérieur et qui, en tous cas, enlève à ces Grades qui commençaient à être mal perçus à la fin du siècle.

Ajoutons, d'après l'Instruction, que le « Ciel qui juge les actions des hommes ne laisse jamais le crime impuni », que la lampe signifie que « nous recevons une lumière imprévue dans les démarches guidées par le Grand Architecte » et la source symbolique, le fait que « La Providence n'abandonne jamais dans les besoins pressants », enfin la formule biblique de clôture des travaux « tout est accompli ».

Comme les grades d'Elus, les grades d'Ecossais visent à compléter la maîtrise. Après avoir châtié les assassins d'Hiram et poursuivi la construction du Temple, il fallait l'achever. D'où un « discours historique ». Il débute par une liaison avec le grade précédent. C'est une permanence dans le rite que de chercher à établir un lien entre tous les grades. « Les meurtriers étant punis et les travaux étant à leur fin » ; le roi décida de cacher dans un lieu sûr et secret le véritable nom du Grand Architecte. Salomon fit pratiquer sous la partie la plus mystérieuse du temple une voûte secrète au milieu de laquelle il plaça un « pied d'estal » triangulaire qu'il nomma le « pied d'estal de la science ». Cette voûte n'était connue que de Salomon et de Maîtres qui y avaient travaillé en secret. Hiram grava la parole sur un triangle du plus pur métal et, par crainte de la perdre, la portait suspendue à son cou. Lors de son assassinat, il put la jeter « dans un puits, lequel était au coin de l'Orient au midi ». Salomon la fit rechercher et trois maîtres le retrouvèrent, le rapportèrent à Salomon qui fit le « signe d'admiration », convoqua les 15 élus (retour au grade précédent), les neufs maîtres qui avaient construit la voûte et, les trois inventeurs du triangle. Escortés par eux, il descendit dans la voûte, fit incruster le Delta au milieu du « piédestal » et le couvrit d'une pierre d'agate « taillée en forme quadrangulaire sur laquelle il fît graver à la face supérieure le mot substitué, à la face inférieure tous les mots sacrés de la Maçonnerie et aux quatre latérales, les combinaisons cubiques de ses nombres, ce qui la fit surnommer pierre cubique ». Récit para historique à base vétero testamentaire auquel s'ajoute une esquisse de la tradition chevaleresque et croisée que développera plus longuement le 3e « ordre », ainsi peut se résumer cette légende.

Il est enfin à noter la part importante donnée à la « science », ce qui apparaît assez nouveau dans la maçonnerie des Lumières où le Travail est davantage considéré comme un « art ».

« Qui vous conduit ici, mon Frères ? » - « L'amour de mon devoir, et le désir d'atteindre à la haute science » (ouverture des travaux, répété dès le début de l'instruction).

« Comment se nomment les Loges des Grands Élus Écossais? - Loges de Hautes Sciences, et leurs travaux, sublimes. » cf rituel 1801 2eme ordre

Le rite me semble basé sur trois axes : la voûte, la connaissance du nom secret du Grand Architecte, la Pierre Cubique.

L'aspect religieux est partiellement occulté, l'aspect ésotérique totalement écarté. On pratique bien des « purifications », mais l'eau et le feu se placent dans le cadre d'un symbolisme purement moral. Pour accéder à la « haute science », il faut juste un « cœur zélé partisan de la vertu et de la vérité ». L'épreuve subie par Abraham s'interprète comme « le sacrifice volontaire des passions ». L'objet de la recherche est « la connaissance de l'art de perfectionner ce qui est imparfait et d'arriver au trésor de la vraie morale ». La récompense en est « l'admission dans un lieu de Lumière et de Gloire où j'ai terminé mes travaux ». Pour pénétrer dans un Chapitre, il faut « la fermeté dans le coeur et sur le front, caractère de l'homme irréprochable ». Le premier devoir est « d'observer avec respect les lois de la Maçonnerie, de pratiquer la plus saine morale et secourir ses frères ».

Le grade de Chevalier d'Orient, troisième « Ordre », synthétise toute une série d'éléments empruntés aux différents grades « chevaleresques », qui, dans la hiérarchie actuelle du Rite Ecossais Ancien et Accepté, précèdent le 18e degré, celui de Rose Croix, et contient l'héritage des multiples grades de « chevaliers » qui ont fleuri au XVIIIe siècle.

Le rite s'arrête à la Rose Croix … Le Rite français est conçu un mécanisme de progression dans la connaissance maçonnique fort remarquable.

Lorsqu’on compare les hauts grades du Rite Français avec les hauts grades d’autres Rites et notamment du REAA, on se rend compte que les différents systèmes de hauts grades ont été faits à partir d’une même matière, à savoir à partir de ce foisonnement de grades qu’offrait la Maçonnerie française d’avant 1780. Chaque Rite a traité cette matière à sa façon, en choisissant de retenir plus ou moins de grades, en conservant distincts des grades voisins ou au contraire en les réduisant en un seul. Pour le REAA, on passe d’abord par la fonction d’Elus, puis dans celle de Gardiens chargés de garder le secret et les mystères et enfin on finit par Veilleurs car sans transmission de ce savoir et de cette Connaissance tout cela n’aurait servi à rien ! Au rite français c’est un peu la même progression mais dite différemment même si l’on passe directement du grade de Maitre au grade d’Elus avant d’entrevoir la fonction du Chevalier. L’Elu devient conscient que le temple qu’il a eu du mal à construire, mieux à élever construit est détruit à chaque fois par les mauvais compagnons CAD par lui-même … ce qui rappelle notre devoir de Maçon CAD construire en nous même, en notre cœur notre temple intérieur … construire, exalter notre corps de Gloire.

J’ajoute qu’au rite Français comme au REAA le grade de Chevalier R+C est un grade de consécration qui permets au Maitre de « savoir » et de montrer l’exemple par le « savoir-faire », l’Action qui permets de semer le Verbe et d’engendrer voire de se mettre en harmonie avec la Création.

C’est pourquoi il y a des thèmes que l’on retrouve dans plusieurs systèmes, mais dans l’un on les trouve dans des grades différents, tandis que dans l’autre on les trouve réunis et fusionnés dans un seul grade. Le choix des grades retenus, la mise en relation des grades les uns avec les autres, la progression ménagée de l’un à l’autre, donnent à chaque Rite son caractère propre. Cela vaut entre les hauts grades quel que soit le rite comme pour les grades bleus, car, pour le Rite Français en tout cas, tous ces grades ont été conçus comme formant un tout cohérent.

Comme je l'ai déjà dit précédemment, ce Tout exprime un esprit, et il y a incontestablement un esprit du Rite Français comme il y a un esprit de chacun des autres Rites. Nous n’avons cherché cependant à le définir ici, en fait, l’esprit d’un Rite ne se laisse découvrir que de l’intérieur, par la fréquentation assidue et la pratique de ses rituels.

Pour moi ce qui fait la plus-value du Rite Français, c'est que justement il y a cette dimension de liberté. Elle se réfère à un moment de la maçonnerie où quand on change une virgule du rituel, la voûte étoilée ne va pas s'effondrer, parce qu’elle s’appuie sur un socle, une structure fondamentale. Et autour de cette structure fondamentale, il y a une marge de variation qui dépend d'une tradition locale, d'une vision à un moment donné de ce que peut être la maçonnerie.

C'est justement dans cette possibilité de variation autour d'une structure que réside à mon sens la richesse, le dynamisme, la vie du Rite Français.

J'en termine là-dessus. Il est très important de conserver cette idée-là parce que, ne l'oublions pas, nous sommes à travers le Rite Français les derniers détenteurs de la plus ancienne tradition de la maçonnerie spéculative.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

trafic organique 12/11/2014 19:52

Merci très beaucoup pour cet article. Merci.

Présentation

  • : Le blog de anck131
  • Le blog de anck131
  • : mon parcours maconnique pour transmettre à ceux qui cherchent
  • Contact

Recherche

Liens