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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 06:08

mes bien aimés frères,

Comme vous tous sans doute, je me souviendrai toujours du jour où j’ai eu ce bonheur d’être initié Chevalier Rose-Croix. Et un des moments qui m’a frappé est celui de la Parole retrouvée. Souvenez-vous :

Cette voix, en s’éloignant, murmura une Parole qui fut pour nous la révélation d’une Lumière nouvelle. L’ayant tracée en caractères ineffaçables, nous l’enfermâmes dans un coffret du métal le plus pur. Notre âme reprit sa sérénité, car l’Espérance nous accompagnait. Et nous accourûmes ici pour vous apporter ce coffret qui doit renfermer l’objet de vos vœux. Le voici.

I.N.R.I. C’est la Parole.

Je me suis fait alors une réflexion à laquelle je repense toujours lorsque nous procédons à la reprise des travaux, dans le beau texte de l’heure du Parfait Maçon et de la Parole perdue : Est-ce qu’on aurait déjà reperdu la Parole que nous avions retrouvée au plus profond de la voûte sacrée, au 13 ème degré de la Loge de perfection. Il n’y a qu’en Franc-Maçonnerie que ça peut arriver.

En effet, mes Frères, souvenons-nous de la légende de l’initiation de Chevalier de Royal-Arche, lorsque nous sommes devenus ce que nous sommes : Vous savez, récipiendaires, que l’ancien mot des Maîtres fut perdu pendant la construction du Temple, lors de la fin tragique d’Hiram, notre Grand Maître Architecte. Vous savez aussi que ce mot a fait l’objet de substitutions successives ; si bien que jamais le Vrai Mot n’a été transmis.

Soyez dans la joie, mes chers frères, d’en avoir retrouvé les lettres véritables. Nous avions retrouvé là en effet la Parole perdue, Jéhovah, l’ancien mot de maître tel qu’on le retrouve d’ailleurs dans nombre de rituels historiques du 3 ème . Alors qu’en est-il ?

La Parole perdue, dans toutes les civilisations et tous les siècles, a été le symbole de cet age perdu, heureux et légendaire, où l’homme vivait au milieu des Dieux, où il comprenait le langage des Dieux et le sens de l’Univers. La Parole perdue c’est en fait le symbole du lien coupé avec la transcendance, avec la perception des choses qui nous dépassent, qui dépassent la vision matérielle des choses, à la fois en l’Homme et dans l’Univers. La Parole perdue c’est ce lien avec la Transcendance dont nous avons la nostalgie parce que nous pensons l’avoir eu, et l’avoir perdu.

Au plus profond de la voûte sacrée, sous les fondations du Temple, c’est à dire au fond de nous-même, mais dans notre relation avec l’Univers que symbolise le Temple, nous l’avons retrouvée, et c’est le Tétragramme, le nom ineffable du Dieu de l’Ancien Testament. C’est Dieu, ou ce n’est pas Dieu. Je m’explique : pour certains c’est Dieu, c’est la Shekhinah, la présence divine symbolisée par son nom ineffable dans le Saint des Saints, mais pour d’autres, pour moi par exemple, c’est un symbole très profond d’une transcendance, de la perception par l’homme de quelque chose qui le dépasse et que certains ont appelé Dieu.

C’est Moïse qui a apporté aux Hébreux le Tétragramme, cette parole de quatre lettres. Auparavant, les tribus de Juda et d’Israël parlaient de Elohim, un pluriel, les anges ou les êtres divins. Elohim représentait en quelque sorte une unité d’ensemble des divinités qui peuplent l’Univers, qui constituent la Grande Architecture de l’Univers. On pourrait dire que c’est le stade du Grand Maître Architecte, 12 ème degré, qui par la Géométrie, la vraie, la science symbolique, initiatique, et non la science matérielle, essaie de relever et de comprendre les plans de l’Univers. Mais le Tétragramme, Jéhovah, c’est autre chose. « Je suis celui qui suis » entend Moïse dans le buisson ardent. C’est à dire l’essence de l’être, le tout, l’infini, l’unité primordiale dont relève tout être, et cette Parole retrouvée est bien le lien intime avec l’Un, l’essence de la Grande Architecture de l’Univers, en un mot la Connaissance telle que la définit René Guénon. Et le cheminement de la Loge de Perfection est bien un cheminement vers la Connaissance, Parole retrouvée, lien intime avec l’Un qui fait que d’ailleurs, au 14 ème degré, on n’a plus besoin de l’expression matérielle du Temple symbole de l’Univers.

Le Temple peut être détruit, on le transporte dans son cœur pour enseigner la Parole sur les chemins de la vie. Mais cette Parole que nous avions retrouvée, l’avons nous perdue en chemin, puisqu’au cours de l’initiation de Chevalier Rose-Croix la voix qui s’éloigne nous en enseigne une autre ? Non, bien entendu. Il s’agit donc d’une nouvelle Parole, à laquelle nous préparait d’ailleurs le partage du pain et du vin du 14 ème degré, une autre Parole en quatre lettres elle aussi, qui nous conduit à un nouveau lien, un autre lien avec un autre aspect de la transcendance.

I.N.R.I. : Jesus Nazarenus Rex Judeorum, inscription latine placardée sur la croix où Jésus de Nazareth, Roi des Juifs dans l’ironie cruelle des Romains, donne sa vie pour son peuple, donne sa vie pour l’Humanité. C’est le symbole du Pélican qui donne son sang, c’est à dire sa vie, à ses enfants. Dans la réalité le Pélican régurgite ce qu’il a mangé, après l’avoir assimilé, pour donner la becquée à ses enfants. C’est tout aussi symbolique, car la vie que nous donnons à nos frères, n’est ce pas la transmission de cette Parole que nous avons entendu un jour, que nous avons digéré, assimilé et que nous transmettons un jour à notre frère, le jour où elle lui servira sur son chemin, et que nous appelons la Tradition.

I.N.R.I. c’est aussi Igne Natura Renovatur Integra : la Nature sera renouvelée intégralement par le feu. Mais quel est ce feu qui renouvelle la nature de l’homme dans sa profondeur, mes frères, si ce n’est le feu de l’amour. Le feu de l’amour qui renouvellera notre cœur et nous fera renaître autre, plein d’une vie nouvelle, comme le Phénix.

Quelle est l’heure du Parfait Maçon ? Le moment où la Parole est retrouvée, où la pierre cubique s’est changée en Rose mystique, où l’Etoile flamboyante a reparu dans toute sa splendeur, où les outils ont repris leurs formes antérieures, où les ténèbres se sont dissipées, où la lumière est revenue dans tout son éclat et où la nouvelle Loi doit régner désormais dans les travaux du Souverain Chapitre.

C’est bien une nouvelle Loi que nous apporte cette nouvelle Parole, car n’oublions pas que les hébreux utilisent le mot Davar, parole, pour le commandement Biblique, les dix commandements se disent « les dix paroles ». Cette nouvelle Loi c’est bien celle de la Nouvelle Alliance, du nouveau commandement unique de l’amour que nous apporte le Dieu du Nouveau Testament : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés... ».

Là encore, c’est Dieu ou ce n’est pas Dieu. Pour les uns il peut s’agir du Christ, divinité incarnée et ressuscitée, mais pour les autres il peut s’agir du symbole extrêmement fort de cette révolution majeure de l’humanité que Jeshuah, humble fils de charpentier de Nazareth, a prêché sur les routes de Galilée et de Judée et qui est encore le moteur de l’évolution de l’humanité plus de deux mille ans plus tard.

C’est la découverte de la transcendance de l’amour, quand l’être humain, rompant avec son animalité, reconnaît dans l’être humain qui lui fait face un autre lui-même, et non plus une proie à asservir ou à tuer comme dans la loi de la jungle. Cette découverte par l’homme de tout ce qui dépasse son égoïsme matériel dans sa relation avec l’autre, quand il le reconnaît comme tel et qu’il l’aime, c’est la découverte d’un nouvel aspect de la transcendance. L’humanité cheminait depuis longtemps sur le chemin menant à cette révolution, au milieu de toutes ces civilisations où le Dieu résidait dans un Temple et avait pour principale raison d’être de servir de justificatif au puissant, fût-il Grand Prêtre ou Roi, pour lier, asservir, ou écraser son peuple, et massacrer ou prendre en esclave ses ennemis. Parmi tous les exemples de ces cheminements préparatoires que l’on pourrait citer, comme le Peuple Juif en exil après la première destruction du Temple, il y a celui de Confucius qui met en exergue la vertu d’humanité, celle du respect de l’autre, qui s’écrit d’ailleurs en juxtaposant l’idéogramme « 2 » avec l’idéogramme « Homme ».

C’est avec les Esséniens que cette Révolution franchit ses derniers pas avant son irruption au grand jour. Environ 150 avant l’époque qui nous occupe, avant Jeshuah, le fondateur de la dynastie des Asmonéens, Jonathan, décida que son pouvoir serait bien supérieur s’il était à la fois Roi et Grand Prêtre. Il devint d’ailleurs aussi Gouverneur de Judée. Il chassa donc du Temple de Jérusalem le Grand Prêtre et les prêtres qui lui étaient fidèles. Un demi-siècle plus tard, sous le règne d’un de ses successeurs, Alexandre Jannée, qui perpétuait la même pratique, quelques prêtres fidèles à la lignée de Sadoq, ulcérés, choisirent de s’exiler et de se réfugier dans le désert, vénérant la mémoire de ce Grand Prêtre chassé, le Maître de Justice. Pour ces fidèles, exilés au désert, qui furent à l’origine de la secte des Esséniens, commença alors un vrai dilemme : comment être en présence de Dieu, comment s’incliner devant la Shekhinah dans le désert, sans Arche d’Alliance, si Dieu était resté avec l’Arche d’Alliance dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, où régnait toujours cet odieux personnage qui les avait bannis.

Cette question fut à l’origine de l’évolution de leur pensée au cours des 70 ans qui suivirent. D’abord ils imaginèrent que lorsqu’ils se réunissaient en son nom,même au milieu du désert, alors la Shekhinah était présente. Puis ils aboutirent à cette conclusion qui révolutionnera le monde, que Jean le baptiste prêchait au bord du Jourdain, que Jeshuah prêchera sur les routes, les montagnes et même dans les synagogues : la Présence Divine est en chaque être humain. Que l’on l’appelle Dieu, Al Ouahid, l’UN, peu importe, cette petite étincelle qui est en chacun de nous est l’essence même de la dignité humaine. Nul ne pourra plus faire comme avant, et traiter l’autre comme un animal. C’est l’humanisme qui est né à cet époque là, un humanisme d’amour consacré par la mort du révolutionnaire sur la croix, qui donne sa vie pour ceux qu’il aime, c’est à dire pour tous les êtres humains à venir.

C’est Dieu ou ce n’est pas Dieu. La Maçonnerie nous permet d’accorder à nos Frères la grande liberté du Symbole, liberté de reconnaître dans ces deux paroles Tétragrammes soit simplement, mais c’est déjà beaucoup, l’expression de deux transcendances qui dépassent l’humanité matérielle, Grande Architecture de l’Univers, puis mystère de l’amour dans la relation entre les êtres humains, soit, allant plus loin, l’expression de sa foi personnelle dans le Dieu de l’Ancien Testament et le Dieu du Nouveau Testament. C’est la liberté de Socrate qui dans son dernier discours, un verre de ciguë à la main, reconnaît en quelque sorte qu’il n’a pas le moyen de choisir entre les deux versions.

Ainsi les trois premiers ateliers de la Franc-Maçonnerie de Rite Ecossais Ancien et accepté, la Loge Symbolique, la Loge de Perfection, puis le Chapitre, nous ont successivement conduit, la première sur la voie de la Parole, et je la symboliserai par les trois marches de cet acheminement, la deuxième sur la voie de la Connaissance, perception de la Transcendance de la Grande Architecture de l’Univers, qui pourrait être symbolisée par la verticale, « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », la troisième sur la voie de l’Amour, à la fois perception de la Transcendance et de l’Immanence, qui ajoute une dimension horizontale. Eh bien mes Frères nous avons tracé ainsi le dessin d’une croix érigée sur trois marches. Il ne reste plus qu’à placer, bien sûr, la Rose au cœur de cette croix, mais je crois qu’il faudrait une autre planche toute entière pour traiter de ce dernier symbole.

Enfin pour terminer je crois qu’il convient de préciser que, bien entendu, chacun de ces ateliers met le Franc-Maçon qui y travaille en présence de la voie, lui montre le but de la quête au bout du chemin. Mais n’ayons pas l’outrecuidance de penser que Grand Elu et Sublime Maçon nous avons la Connaissance, et que Chevaliers Rose-Croix nous sommes des parangons d’amour. Bien sûr la réalité n’est pas dans le but qui nous est montré, et qui ne sera jamais atteint, mais bien dans la quête elle-même, dur chemin de transformation de nous-même.

Nous vivons à l’heure du parfait maçon, dans une réalité de travail, quelque fois suspendu, jamais interrompu, entre ces deux états de la même heure, et bien plus souvent à « l’heure où le voile du Temple s’est déchiré, où les ténèbres et la consternation se répandent sur la Terre, où les outils de la Maçonnerie sont brisés, où l’Etoile flamboyante s’est éteinte, où la Pierre cubique sue sang et eau, et où la Parole est perdue.»

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