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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 05:46

ALEPH

 

Aleph est un son qui vient du fond de l'être.

Sa forme trapue est étrange, un signe qui s'inscrit dans un carré, avec deux branches non symétriques, de part et d'autre d'un trait diagonal. On peut imaginer que ce signe ait évolué à partir d'un trait continu, que ce segment de droite se soit rompu et ouvert à ses extrémités, pour donner naissance à deux branches, séparées par le trait initial.

Ce signe est à la fois une consonne et une voyelle "muette".

D'après la tradition de la cabbale, Aleph contient bien une séparation, à l'image de celle des eaux primordiales, qui ont été fendues et séparées par le firmament, le deuxième jour de la Création. Les deux branches sont assimilées à deux Yod (voir Yod), la branche supérieure représente les eaux d'En Haut, le Ciel, la branche inférieure représentant celles d'En Bas, le monde créé: les eaux séparées sont les deux aspects d'une même entité, le firmament étant à la fois une séparation et un lien.

On verra ci-dessous que le Yod est le germe initial de la création, le point primordial qui s'écrit explicitement ainsi: yod – vav - daleth.

Or le dessin du signe Aleph contient aussi bien la lettre Yod que les lettres l'explicitant, comme on peut le constater dans les deux expressions qui suivent:

Double yod: yod / yod , les deux branches de la lettre aleph

Yod "explicite": yod / vav / daleth , yod est la branche supérieure de la lettre aleph, waw est la diagonale entre les deux branches, daleth peut être perçue comme cette même diagonale suivie de la branche inférieure de aleph.

Ainsi, il existe une relation intime entre la première et la dixième lettre de l'alphabet, puisque la lettre Aleph contient d'un côté un double signe Yod, de part et d'autre de la diagonale, et d'un autre côté les trois signes du signe Yod explicite. La diagonale est une séparation dans le premier cas et la liaison "vav" dans le second cas.

D'après la même tradition, le Yod d'en Haut est une essence cachée et une sagesse inaccessible, le Yod d'en Bas est le bras qui agit, la lettre vav fait le lien ou les sépare.

Aleph a plusieurs significations:

- boeuf ou gros bétail: le dessin d'origine de cette lettre est un joug de boeuf, représentation du couple uni dans le cheminement ou le travail (zoug en hébreu est le couple)

- chef de tribu ou le premier de la tribu, celui qui informe ou instruit les autres

- millier ou la pluralité. A travers celle-ci, la Tradition transmet que des milliers de mondes furent créés et détruits, et que mille est le retour à l'unité.

La valeur du signe Aleph est l'unité et le mot "un" s'écrit en hébreu "éh'ad", (à prononcer comme la jota espagnole) dont le sens est "Aleph aigu ou pointu". L'unité est le chiffre le plus cité dans l'Ecriture et le message biblique est totalement impliqué dans cette unité: unité de Dieu, unité du peuple, unité de l'âme et du langage.

Liée à l'état primordial, la lettre Aleph reste mystérieuse car elle cache l'intention, la pensée secrète qui a présidé à la Création. Aleph est caché dans le nom Tétragramme yod – hé – vav - hé mais initie sept autres désignations du divin, notamment "celui qui a été, est et sera" (ehyeh asher ehyeh): Aleph est l'unité en marche, en devenir.

Aleph est aussi lié à l'amour puisque l'unité "éh'ad" a la même valeur que l'amour "ahavah". Aleph donne vie et élève le sens de nombreux mots qui, sans cette lettre, seraient réduits à l'état de matière: ainsi par exemple l'homme (adam) sans l'unité du Aleph ne serait que sang (dam).

L'aînée des lettres, Aleph instruit, apprivoise, domestique, maîtrise et crée, comme l'unité d'en Haut a maîtrisé le chaos primordial pour créer l'Univers. Un anagramme du Aleph est "pélé" (pé – lamed - aleph), le merveilleux, l'extraordinaire. Un autre anagramme signifie sombre, obscur, ténébreux. Aleph signifie aussi "al pé", sans parole, le silence. Aleph est ainsi un grand mystère.

Au-delà de l'unité et de la primauté, la lettre Aleph contient implicitement la dualité, début de la multiplicité du monde créé. Unité de la Cause des Causes et unité du monde à venir, Aleph est inconcevable dans le monde créé. Mais la recherche du divin est un long apprentissage de l'être humain qui a du mal à maîtriser sa dualité et à rechercher l'unité, se révoltant devant son silence, mais percevant néanmoins son amour.

 

BETH

Le son "beth" vient du bout des lèvres.

Cette lettre a la forme d'un abri fermé sur trois côtés et ouvert à gauche.

D'après la tradition de la Cabbale, l'ouverture du Beth donne vers le nord d'où souffle le vent frais, la richesse mais aussi les mauvaises intentions. Venant de l'extérieur, la rigueur peut trouver à l'intérieur du "Beth" la chaleur de la miséricorde. L'ouverture du Beth est la liberté de choix, soit la tentation du mauvais penchant, soit la compassion et l'amour. Il appartient à l'homme de choisir la bonne direction.

Le sens principal de Beth est la maison, un édifice, une construction. "C'est par la Sagesse qu'une maison s'édifie et c'est par le discernement qu'elle se consolide" (Proverbes chap 23 vers 3). Beth est sur la voie du Discernement dans l'Arbre de Vie.

Un autre sens de cette lettre est la fille, le féminin. Beth est une préposition qui connote aussi bien l'intériorité que l'accompagnement. Fille et maison suggèrent la douceur d'un foyer à l'abri des vicissitudes: mais pour passer de l'une à l'autre, de "bat", la fille, à "beyt", la maison, il faut ajouter la lettre Yod, image de la loi morale, par le biais des dix commandements (voir Yod ci-dessous). La construction d'un intérieur ne peut s'identifier au féminin que si son fondement est la Loi morale, alors l'esprit qui y règne est une âme supérieure.

Beth est également le Temple, le palais divin, la manifestation de l'absolu. D'après la même Tradition, les trois côtés du signe Beth représentent ce qui est révélé, le quatrième côté non tracé est le secret ou le sceau divin: aux temps messianiques ce quatrième côté sera tracé pour former le Mém final (voir Mém ci-dessous).

La valeur de Beth est deux. Beth est le battant d'une porte. En araméen, "bab" avec un double Bet est une porte à deux battants: première lettre de l'Ecriture, cette lettre a été choisie pour créer l'univers.

Les deux premiers mots de la Bible commencent par un Beth: le premier mot est un contenant, un intérieur offert, celui du Commencement (béreshit). Le deuxième mot "crée" (barah) où Beth est la fille de l'unité, la différenciation et le discernement étant les préludes de toute création. Duelle, la lettre Beth est la première manifestation du multiple.

Sur le plan divin, Beth est le paradoxe des paradoxes: l'univers a-t-il une réalité en dehors du divin? Si le divin est l'unicité et la totalité y a-t-il une place pour l'homme? D'où l'impression intime d'être et de ne pas être à la fois, le sentiment de va-et-vient de l'onde existentielle. La réalité est duelle: dans la tradition biblique, chaque chose est ou a son contraire, Beth est à la fois intérieur et extérieur. Suivie par Ghimel et par Daleth, Beth forme avec celles-ci le mot "bégued" qui signifie à la fois vêtement ou protection, et trahison ou mise à nu!

Une grande partie de la symbolique biblique est duelle, qu'elle provienne des rites traditionnels ou des diverses descriptions d'objets, d'édifices ou de lieux, notamment le tombeau des patriarches, contenant Adam et Eve, Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca (makhpelah).

En hébreu, père et mère commencent par aleph, fils et fille commencent par Beth: Beth est ainsi la deuxième génération, celle qui a déjà reçu l'enseignement de son aîné, Aleph. Néanmoins Beth est aussi la maison de l'étude, l'abri de la Torah, la nouvelle génération qui apprend aussi par elle- même. L'enseignement doit être toujours répété deux fois: apprendre en araméen c'est répéter deux fois.

Beth est donc un abri précaire de la dualité existentielle, la porte ouverte à l'exercice de la responsabilité de l'homme et de son libre-arbitre, abri consolidé par le discernement et l'étude de la loi. Beth est aussi le foyer intime où se construit une famille à travers la fille, aussi précieuse que la pupille de son œil.

 

 GHIMEL

Le son Ghimel vient du palais.

La lettre Ghimel a l'allure d'un chameau se dressant la tête haute, dessin d'un chamillon venant d'être sevré, qui recherche encore le sein maternel et qui, pour la première fois, se dresse sur son séant. Ce chameau est un animal sobre qui vient de faire un long voyage au Sud, dans la direction de la chaleur et de l'amour maternel.

Présentant trois branches, cette lettre semble en équilibre statique, à l'image d'une équerre. En fait, elle est prête au mouvement, un pied en avant.

Le signe Ghimel a de nombreux sens. En plus du sens de chameau dérivant de son dessin, il a aussi le sens de mouvement ou de changement de direction à travers l'angle qu'il suggère: ghé , origine du "gué" en français et du "go" anglo-saxon, est un mouvement pour aller, traverser mais aussi pour retourner: le va-et-vient incessant le long de l'échelle de Jacob qui relie la terre au ciel et inversement, la pulsion, la vibration qui mobilise l'âme vers autrui. Ghimel se dépêche de rejoindre la lettre suivante Dalet qui signifie la pauvreté pour la compléter, l'aider à former le mot "gad", la chance de demain, dans un élan de solidarité.

Ghimel est aussi le mouvement vers l'intérieur de soi "gow" ou ghimel-vav: Ghimel a ici le sens de maturité, de libération du joug de la dualité et enfin de beauté. C'est l'instant fugace de plénitude où, sur la colonne du milieu de l'Arbre de Vie, on retrouve l'équilibre, après avoir longtemps vibré entre la Sagesse et le Discernement, entre la miséricorde et la rigueur.

La valeur du signe Ghimel est trois, formant dans l'espace un triangle et scandant dans le temps le rythme des activités agricoles, semailles, moissons et labours, devenues les trois "montées" spirituelles vers Jérusalem, dans le calendrier hébraïque.

Ghimel est ainsi la beauté du geste, le complément, la compensation qui va au secours du pauvre, pour lui permettre de s'exprimer, d'évoluer dans l'espace et dans le temps, d'exister, mais aussi le mouvement de libération du giron maternel pour mûrir et trouver une certaine plénitude à travers la vibration d'amour.

 

DALETH

Le son "Daleth" vient du bout de la langue.

Le dessin originel de cette lettre suggère la tête de poisson, un delta, un partage des eaux. Le point Yod fondamental (voir ci-dessous la lettre Yod), origine de toutes les lettres, se dirige dans deux directions à angle droit, et trace deux traits, deux cheminements. Précédée de la lettre Ghimel, cette lettre donne "gad", la chance, le destin. Suivie de la même lettre, elle donne "dag", le poisson, symbole de la connaissance primordiale (voir ci-dessous la lettre Noun).

En forme d'équerre, ce signe porte encore en lui son origine. L'équerre vérifie la rectitude d'une construction matérielle, la taille d'une pierre, mais ne suffit pas pour obtenir un édifice solide.

Cette quatrième lettre a le sens de porte et de pauvreté: elle est liée à l'âpreté de la vie et à la nécessité du quotidien, mais aussi à la pauvreté de tout ce qui est matériel. Une porte peut être ouverte ou fermée: elle s'ouvre à celui qui est dans le besoin et reste fermée à la convoitise ou à la curiosité malsaine.

La double porte "dad" a aussi pour sens mamelon, provenant sans doute du babillage du nourrisson qui tête tantôt à droite, tantôt à gauche. L'équilibre de l'âme et sa santé ne proviennent que d'un lent dosage entre la droite miséricordieuse et la gauche rigoureuse. Le roi David a ainsi dans son nom le double Daleth, la double porte, comme un sas nécessaire pour passer d'un univers à un autre ou comme un lien entre ces deux univers. David a du sang sur les mains mais il s'est repenti et a conçu le Temple de Jérusalem.

Les portes s'ouvrent à l'affamé de Connaissance pour laisser s'écouler la nourriture nécessaire au cheminement secret, à travers les sentiers de l'Arbre de Vie. Elles s'ouvrent à l'exilé de la Communauté d'Israël qui se repentit et qui amorce un retour, pour s'amender, se remettre en question, et se connaître soi-même. Le dessin du signe Daleth qui se plie à angle droit est la manifestation de la volonté de changement et de l'humilité nécessaire au retour.

La valeur quatre de la lettre Daleth est liée aux éléments de la création, l'eau, le feu, l'air et la terre, au partage de la lumière initiale, aux directions de l'espace terrestre, aux saisons…Mais quatre est essentiellement le nombre de lettres du nom divin, prononcé dans le secret du Saint des Saints et oublié, le chiffre de la création de l'univers qui porte l'empreinte du divin dans ses recoins.

 

Aleph-beth-ghimel-daleth

Les quatre premières lettres de l'alphabet hébraïque peuvent être ainsi résumées: ayant pris conscience de l'unité, l'homme amorce un retour sur soi pour mieux se connaître à la recherche d'une plénitude, franchit le pas de la maison de la dualité quotidienne, pour tendre la main au pauvre, celui qui a faim ou celui qui ne sait pas. Il est alors sur la voie à angle droit de la Rédemption, allant à la rencontre du souffle Hé …

 

 

Hé venant du fond de l'être est un appel, un émerveillement.

Comme la lettre Aleph, Hé est à la fois une consonne et une voyelle muette. Elle est de plus un signe du féminin.

Le dessin d'origine ressemble à un E majuscule avec trois branches et deux ouvertures. Il a évolué vers une forme carrée avec deux ouvertures: une grande vers le bas et une petite lucarne vers le haut, une fenêtre vers l'extérieur, vestige de l'image d'une personne levant les bras vers le ciel pour implorer, ou pour prier.

D'après la Tradition, cette lettre proviendrait de la précédente, Daleth, qui aurait reçu un trait vertical à l'avant. Si le trait reçu est long, il est assimilé à la lettre Waw, et le signe Hé est alors appelé "d/w", dow. Si le trait est plus court, il est assimilé à la lettre Yod et le signe Hé est ici désigné par "d/y", dy. Or, "dow" signifie deux, la répétition de l'unité et "dy" signifie "cela suffit". Avec la cinquième lettre de l'alphabet, on se trouverait ainsi devant le problème existentiel, "deux, cela suffit": le deuxième jour de la création, les eaux se séparent pour que celle-ci ait lieu. Avec la dualité, le monde peut être créé, en évoluant vers la multiplicité. Il aurait pu ce jour là ne pas être créé et de la dualité revenir à l'unité. Le deuxième jour, le Créateur a eu comme un doute.

D'après la Tradition de la cabbale, avec le Hé le monde est finalement créé, et il est le mariage des deux signes Hé, "dow" et "dy": "quand deux âmes se joignent ici-bas, cinq voix joyeuses sont entendues", la lettre Hé étant alors créée avec la valeur cinq.

Ainsi d'après l'exégèse biblique, le signe "Hé" est l'instrument de la création et de la vie: une lettre Hé de petites dimensions apparaît dans le mot "bébaram", (Genèse chap 2 vers 4), mot qui veut dire que "Dieu créa les vivants avec le Hé". De même, après avoir scellé l'alliance qui le lie au divin par la chair, le patriarche Abram reçoit un signe Hé dans son nom. Il devient alors Abraham, le père des nations monothéistes. Dans le même verset de la Genèse, le nom tétragramme apparaît pour la première fois, avec les deux signes Hé, dow et dy. On est au début de la spiritualité consciente et active.

On verra plus tard que le point Yod primordial, génère le trait "vav" et le plan "daleth". On a vu ci-dessus que "daleth", la porte, était aussi la base des deux Hé.

A travers ses trois branches, le signe Hé contiendrait les trois pelures ou les trois aspects de l'âme: la pensée, la parole et l'action. Il contiendrait également les trois impressions que cette âme a du divin, en fonction du niveau de clarté obtenu, soit l'immanence, la transcendance ou la vanité de tout, eu égard au divin.

Le sens du signe Hé est aussi "cela", "voilà", une interpellation pour percevoir une clarté à travers la lucarne d'en haut qui s'entrouvre: regarder et observer la réverbération de la lumière. Hé est un souffle, une respiration.

La valeur de la lettre est cinq comme les niveaux de l'âme et les doigts de la main. Au cinquième jour de la Création, la vie animale commence à se développer.

Hé est alors aussi bien le souffle de la vie matérielle que l'ouverture permettant un regard vers le ciel pour respirer un air venu d'ailleurs.

 

VAV

La lettre "vav" se prononce avec les lèvres.

Le dessin d'origine du signe ressemble à un crochet, à un clou ou à un Y. Il a évolué vers un segment de droite couronné d'un petit crochet vers la gauche. Il est droit comme un pilier. En fait Waw est le premier trait issu du point Yod, comme on le verra plus tard.

D'après la tradition cabbaliste, ce trait vertical est la colonne médiane de l'Arbre de Vie, celle de l'équilibre, et le signe "Vav" est au centre de l'Arbre, dans l'attribut Tifeéret, la Beauté du Coeur. L'homme de l'Eden avait les pieds sur terre mais sa tête rejoignait le ciel. Debout, la tête haute, il faisait le lien avec son Créateur.

Le signe "Vav" est un lien, un crochet qui relie la droite à la gauche, le bas avec le haut, le passage obligé, le centre du sas, entre les deux portes "dow" et "dy" (voir la lettre Hé).

La lettre vav est une consonne qui signifie "et". Elle matérialise la voyelle "o" ou "ou" (voir ci-dessus les voyelles), mais elle peut disparaître du mot, comme dans le mot "méorot", les luminaires, dans Genèse chap 1 vers 14-19. Au quatrième jour de la Création, les luminaires sont créés, mais le mot "méorot" y a perdu ses deux Vav-voyelles (mém-aleph-resh-taw au lieu de mém-aleph-vav-resh-vav-taw). L'exégèse biblique nous enseigne que ces liens "Vav" ont disparu pour nous avertir qu'on ne peut adorer ces luminaires ou étoiles qui sont des lumières "mortes", bien qu'elles soient des signes utiles à l'analyse, à l'étude et à l'interprétation. Ainsi, sans les lettres-liens Vav, le mot "méorot" n'a rien d'absolu.

La valeur du signe Vav est six, comme les six premiers jours de la création qui ont vu naître progressivement tout l'univers avec l'homme au sixième jour. Dans l'espace, six est le nombre des faces du cube et les directions de l'univers sensible. Dans une vision d'Isaïe, un ange de feu déploie six ailes: d'après la Tradition de la cabale, six représente trois paires. La paire est la dualité émotionnelle vis-à-vis de la manifestation divine, l'amour et la crainte. Les trois paires sont des niveaux d'appréhension de cette manifestation:

- les ailes qui couvrent la face de l'ange seraient l'image d'une recherche spirituelle par la méditation ou par l'interprétation des secrets de la Torah,

- les ailes qui couvrent les pieds de l'ange de feu seraient la manifestation innée et naturelle de l'âme spirituelle.

- les ailes qui permettent à l'ange de voler et de s'élever constitueraient le lien direct avec le divin, celui de la prophétie, par exemple.

Vav est un lien, une lumière qui rayonne vers le bas, une vibration qui remonte, un passage central obligé, une clé. Voisine de la lettre Hé, elle s'associe avec ce signe pour dire le désir d'être au présent mais aussi pour exprimer la ruine et la destruction (hé-vav-hé). Comme l'échelle de Jacob, le Vav est un pilier à double sens, un moyen d'ascension et de descente. Ce signe consacre l'achèvement de la création et annonce la dernière phase, celle de la réflexion et de la contemplation, et "elle se drape de lumière comme d'un vêtement".

e suivante, richesse du Daleth.

 

ZAïN ou ZAYIN

Septième lettre de l'alphabet, Zayin se prononce entre les dents.

Constituée de deux lignes parallèles, son dessin d'origine a évolué en intégrant un lien entre ces deux lignes qui ne se rejoignaient pas. Zayin est dérivé du signe Waw, le crochet de la couronne se prolongeant vers le bas, à droite. Ce signe ressemble à un sceptre, une épée, une décoration ou une boucle d'oreille.

Le signe Zayin est le sceptre royal doré qui, par un mouvement, appelle à se rapprocher, la reine prête et décorée: c'est là le sens du crochet remontant du bas, qui est aussi la lumière réfléchie, celle qui revient.

Les différents sens du mot "zayin" sont liés à l'armure et à la parure qui donnent comme dérivés l'épée, le couteau, l'outil, l'apparat, mais aussi le fard, le sexe et la prostitution.

Zayin est le secret de l'union du couple zoug (zayin-vav-ghimel), celui de l'accomplissement de la sexualité, dans toute sa plénitude. Cette possibilité d'union terrestre soutient l'unité d'en haut. Elle nourrit la dualité précaire pour l'élever dans le sens de l'unité et pour éviter son écroulement dans la multiplicité.

Dans le récit de la Genèse apparaît au verset 11 du premier chapitre le mot "zéraa'", la semence, zayin-resh-a'yin: cette semence végétale nourrit l'homme. Mais la semence de l'homme peut soit concourir au projet divin d'union ou le mener vers l'Autre côté, le domaine non divin, celui des puissances démoniaques.

Associée à la lettre Hé, Zayin donne le mot "ceci", comme si on désignait du doigt la chose. De même, la splendeur est le "zohar", zayin-hé-resh, ou "ceci est la tête, la montagne": Zayin montre du doigt la lumière splendide de l'aurore qui perce l'obscurité de la nuit.

"Zman", zayin-mém-noun, est le temps, ou "ceci est la manne" ou "ceci est la question", l'interrogation: Zayin montre du doigt la création du temps par le questionnement.

La valeur du signe Zayin est sept. Sept est la dernière phase de la création, celle de la création du temps, à travers le shabbat. Quand les eaux se sont séparées, le firmament est apparu progressivement, selon sept niveaux. D'après la cabale, les étincelles de lumière primordiale rémanentes ne se sont pas éteintes dans la création, grâce aux âmes des sept Justes. Les sept lampes de la ménorah, chandelier du Temple, sont à la fois chaleur et lumière, les "sept yeux qui parcourent le monde", les attributs divins de rigueur et de miséricorde.

Par son dessin et ses significations, la lettre Zayin résume bien la dualité de l'amour et de la crainte du divin: ces deux notions sont comprises comme un lien possible de deux lignes parallèles qui ne se rencontrent pas, lien qui est aussi la distance adéquate pour que les lignes ne se confondent pas, comme le trait diagonal du Z. La crainte et l'amour sont deux émotions essentielles à l'équilibre de l'homme, l'une, origine de la vie, l'autre, son but. La lumière incidente peut se réfléchir mais cette réflexion ne peut avoir lieu que lors de l'amorce d'un retour de l'homme, dans la possibilité d'union par l'amour. 

H'ET

Le son "h'et" vient du fond de la gorge.

Le dessin d'origine est comme un mur, une barrière, une clôture. La fermeture du signe est évidente et l'ouverture n'étant perceptible que vers le bas. On peut assimiler ce signe à une issue souterraine ou inférieure dans une muraille.

D'après la cabbale, le signe H'et est la voie d'entrée dans les secrets de la Torah, mais aussi une issue possible! On peut assimiler ce signe à l'association des deux lettres précédentes, Vav et Zayin, accolées par une pointe au sommet: c'est alors la réalisation de l'unité par le masculin (Waw) et le féminin (Zayin), la jonction au sommet étant le dais nuptial. Le divin plane au-dessus du couple comme un aigle protège ses aiglons dans leur nid, sans les toucher, de crainte de les blesser ou de les heurter.

Le sceptre et le crochet rassemblés sont également des images de la dualité et sont des symboles de l'Egypte ancienne, des deux pouvoirs du pharaon, temporel et spirituel.

H'et peut s'écrire avec un Taw ou un Teth (h'eth). Avec un Taw, H'et annonce "h'ay", le vivant et "hayah", la vie, qu'elle soit matérielle, spirituelle ou essentielle. Avec le Teth, H'eth devient le péché, la faute. H'eth est alors la nuit opaque, la chaleur de l'obscurité, la pure matérialité ouverte vers le bas.

Eve ou "h'awah", est la mère de tous les vivants. Son nom peut s'écrire h'et-waw-hé, avec un signe H'et lié à un signe Hé. Eve est à la fois "la vivante" et "le souffle de vie". Il peut s'écrire aussi avec un h'éth, Eve ayant transgressé l'interdit du discernement entre le bien et le mal. La vie matérielle ne peut se réaliser sans transgression, sans fracture (H'eth); mais sans le souffle du Hé, il n'y a pas de possibilité de retour, ni de rédemption.

Associée au signe Mém, les eaux, cette lettre donne "h'om", la chaleur. Suivant qu'il s'agit de H'et, avec un Taw ou de H'eth avec un Teth, cette chaleur est la miséricorde et le réconfort ou l'instinct destructeur. L'épée "h'oreb" peut se décomposer en H'eth et "rab", c'est à dire beaucoup de péché. Mais la lettre H'et de l'amour "h'ibah" donne la vie au foyer, l'énergie intérieure qui rayonne.

La valeur de la lettre H'et est huit. Sur le plan de l'espace, huit correspond aux coins du cube, aux huit degrés de l'escalier du Temple et aux huit tables des Sacrifices. Sur le plan temporel, le huitième jour a passé un shabbat et contient un "plus": cette réserve de souffle permet d'allumer le chandelier, de circoncire le nouveau-né et de parvenir au Discernement, en parcourant l'Arbre de Vie, à partir de l'attribut du Royaume.

Eminemment duelle, la lettre h'et est un portique d'union des contraires et des complémentaires. Ce signe incarne à la fois la vie, le péché et la miséricorde. De ce fait, il a donné aussi la Sagesse (h'okhmah).

THÉT

La neuvième lettre se prononce du bout de la langue.

Lettre mystérieuse, elle se love comme un serpent et a la forme d'un réceptacle. Le dessin d'origine est une croix dans un cercle, la marque d'un lieu, l'image d'une tortue qui se cache sous sa carapace, ou celle de l'embryon protégé par le placenta.

D'après la cabbale, la lettre Thét est une "forme introvertie dans la matière", une âme cachée dans un corps, l'esprit divin résidant dans tout élément créé, un vase recevant la lumière d'en Haut. Sur l'Arbre de Vie, on place Thét sur la colonne du milieu, entre la Miséricorde et la Rigueur, au niveau du Fondement.

En rapport avec le serpent, le signe Thét suggère la descente vers la matière, la sexualité et le bâton qui indique une intention dans une certaine direction. Dans le même esprit, il peut suggérer la divination interdite.

Le sens de Thét est à la fois un dessin et un dessein, un dessin mystérieux couvrant un dessein secret. Thét initie de nombreux mots qui ont pour sens "couvrir de quelque chose pour cacher": la boue, le plâtre, la terre, la rosée. Le pur et l'impur commencent par cette lettre. De même le premier mot le la Bible commençant par cette lettre est le bien (thov): le sens ontologique de ce signe est lié à la perfection. Le sens de cette lettre suggérerait ainsi une couverture à l'abri de laquelle les choses peuvent s'arranger, s'améliorer, voire se bonifier. Le bien ne mûrit-il pas au sein des écorces du mal qui le recouvrent? Ainsi le "thalet" est un châle blanc dont se recouvre l'orant pour se protéger, pour se parfaire ou pour retrouver, ne serait ce qu'un instant une pureté originelle. Thét serait aussi un ventre vu de l'intérieur, humide et entrouvert par le nombril. Associée à l'étude "lamed", elle donne "thal", thét-lamed, la rosée qui se forme dès l'aube et qui fertilise secrètement la matière.

La valeur du signe Thét est neuf comme le nombre de mois de la gestation du foetus ou le nombre de principes du pardon. Tous les multiples de neuf se ramènent en valeur significative au chiffre neuf. Les mots en hébreu tels que vérité, éternité, alliance, lumière, shabbat...se ramènent à la valeur neuf. Et neuf comme son nom l'indique en français est le signe du changement de cap, d'une vie nouvelle ou renouvelée.

Mystérieuse mais ayant la bonté en son sein, la lettre Thét permet la maturation du bien et le délai nécessaire pour revoir une position tranchée. Protectrice, elle incarne le retour des choses à leur état antérieur.

 

YOD

La dixième lettre de l'alphabet hébraïque vient du palais et ressemble à une goutte ou à une larme (voir Aleph, le giron du point Yod). Yod est aussi une voyelle dont le son est i, et une lettre muette comme Aleph et Hé.

Le dessin originel du signe est un bras étendu, transformé en un point, le sens est une main fermée en un poing. Le dessin actuel est un point qui se développe en deux ailes, l'une s'élançant vers le haut, l'autre, vers le bas.

La lettre Yod est un signe ayant deux déterminations: l'une est formée et révélée, le signe Yod dessiné; l'autre est non formée et non révélée, le point conceptuel proprement dit. Ces deux aspects de la lettre Yod sont appelés aussi "décoincé ou déployé" ou réel et "coincé ou non déployé, contenu" ou irréel.

Le point primordial est le résultat du retrait divin appelé "tsimtsoum" à partir duquel l'univers est créé. Sur l'Arbre de Vie, ce point Yod, placé au niveau de la Sagesse (h'okhmah), émet deux lumières dont l'une, infinie, s'estompe vers le haut. La lumière finie descend et révèle le signe Yod explicite, grâce auquel l'univers et son contenu existent et sont rendus tangibles. Le signe Yod révélé et explicite yod-vav-daleth se situe dans l'attribut du Fondement, épanchement des séphirot vers le Royaume. La lettre Yod vient ainsi éclairer le secret du Fondement (sod) ou fertiliser le "repère du Juste" comme une semence.

D'après la Tradition, le point initial s'est déployé comme une ligne vers le bas en un signe Waw, puis en une deuxième ligne pour former un plan, le signe Daleth. Et de fil en aiguille, le Daleth donne le Hé, par adjonction du Yod, ou du Vav, lui-même issu du Yod. Le point initial est l'origine de toutes les lettres et de l'écriture.

Mais par ailleurs le Yod se révèle dans son écriture explicite "yod-vav-daleth", pour nous confirmer son déploiement progressif.

On a vu aussi que le signe Aleph contient le signe Yod dans ses deux aspects. Aleph contient le point initial, origine des lettres.

A travers ses engendrements Vav, Dalet et Hé, le signe Yod dessine le nom tétragramme divin yod-hé-vav-hé, implicitement contenu dans l'unité du signe Aleph. Comprenant les deux aspects du signe Yod, le double signe Yod est aussi une désignation du divin, sous l'appellation "adonaî".

Le signe Yod se dédouble dans certains mots de la Torah. Dans Genèse chap 1 vers 7, Dieu créa l'homme de la poussière, le mot "et il forma" ou "wéyyitsar" peut se lire "le double yod est un rocher", un signe pour Adam. Un fils de Jacob porte le nom à double Yod de "Yyitsakhar", qui peut se lire "le double signe Yod est le salaire", la rétribution de ce chercheur en théologie, futur chef de tribu. La dualité du signe Yod se manifeste ici par ce dédoublement du futur qui suggère la Torah écrite pour le signe Yod caché et la Torah orale pour celui qui est révélé.

Le sens de la lettre Yod est le bras, et par extension, la main. Les deux mains jointes forment un lieu de rencontre; les deux mains serrées, un lien de fraternité; les mains ouvertes, l'image d'un soutien, d'une compréhension; la main est le signe de l'action et de la réaction. La main indique, matérialise et fait exister un concept ou une idée.

La valeur de la lettre Yod est dix, retour vers l'unité par la dualité et la multiplicité. I1 y a dix paroles créatrices du monde et dix commandements pour le maintien de celui-ci. I1 y a dix séphirot, dix concepts de la manifestation divine, espoir de la Rédemption des dix niveaux de l'âme.

 

KHAF

Onzième lettre de l'alphabet, elle vient du palais. Lettre redoublée, elle se prononce Kaf quand elle contient un point.

Khaf a la forme du creux de la main, d'un récipient renversé et elle s'ouvre en finale, en prenant la forme d'une écuelle. A l'origine, cette lettre avait la forme d'une main à trois doigts, puis elle s'est progressivement évasée pour ressembler à une paume.

D'après la Qabbalah, ce signe est la couronne renversée d'un roi en état de prostration, l'aller et le retour de la lumière dans le monde des séphirot, depuis l'attribut Couronne ou Kéter, jusqu'à l'attribut Royaume ou Malkhout, le rythme d'une vibration, l'état de conscience supérieure de l'âme qui réfléchit la lumière reçue et le sublime plaisir de l'étude des lettres de la Torah, à travers les clins d'oeil éphémères de la compréhension de leur sens secret.

Le sens du signe Khaf est la paume de la main. Contrairement à la lettre Yod qui peut être représentée par un poing fermé, le signe Khaf est la main ouverte, arrondie, comme pour soupeser, soulever dans un sens, ou pour renverser, presser vers le bas, calmer, protéger, dans l'autre.

Le féminin de Khaf donne "kipah", calotte portée par déférence vis-à-vis du sacré, une couronne renversée protégeant l'homme de l'obscurité nuageuse et lui apportant le reflet de la lumière originelle incidente, éclairant ainsi sa foi.

Le mot "any" ou aleph-noun-yod, le moi essentiel est lié à son anagramme "ayin", le "néant". Sur le plan humain, l'affirmation du moi rejoint sa négation. Sur le plan divin, les deux mots sont liés par le signe Aleph, unité distante et cachée: le "moi" divin est équivalent au néant. Quand Dieu se révèle à Moïse sur le mont Sinaï, lors de la rencontre du Buisson ardent, le "moi" divin reçoit un Khaf et devient "anokhy", aleph-noun-khaf-yod: le Khaf presse vers le bas pour révéler le "distant" et le "caché". Le signe Khaf est ainsi l'instrument de la révélation.

De même, la racine à deux lettres "pr" suggère la fécondité, la fertilité, le jaillissement pouvant aller jusqu'à l'action sauvage. Quand on ajoute le Khaf, on obtient une racine à trois lettres "kpr" qui donne alors le sens de pardon, d'expiation, de couverture allant jusqu'à calmer l'ébullition: ainsi Khaf est le signe de l'apaisement. Pour illustrer ce propos par un exemple familier, la fête des "sorts", appelée Pourim est une fête de l'éclatement, du renversement provisoire des valeurs. Quand on ajoute le Khaf, on obtient ''kipourim", jour du grand pardon, jour de réflexion et de calme, où le destin de chacun est scellé.

Lettre de la révélation ou de l'apaisement, Kaf initie le mot "kéter", la couronne, première séphirah de l'Arbre de Vie et contenant six-cent-vingt piliers de lumière.

La couronne "kéter" a une valeur équivalente (620) au mot "é'srim", vingt, soit le parcours aller et retour de la lumière dans l'Arbre de Vie: la lumière incidente parcourt dix séphirot et la lumière réfléchie parcourt les mêmes dix séphirot, en sens inverse. La lumière perd de son intensité, à moins qu'elle ne rencontre, en chemin une âme qui la renforce.

Khaf peut s'associer de deux manières avec la lettre suivante Lamed qui a comme sens l'étude. Suivie de Lamed, Khaf donne "kol" ou le tout, le contenant trouvant son contenu, l'étude. Précédée du Lamed, elle donne "lékh" ou va!, l'ouverture et l'allant vers un nouvel univers.

Khaf a la valeur vingt, valeur de deux Yod; le rapprochement des deux Yod, ou des deux mains, pour applaudir ou pour prier forme une entité nouvelle, comme une troisième main dont la paume presse l'âme à descendre dans le corps ou l'aide à maîtriser une inclination vers l'Autre Côté.

Les dimensions du Saint des Saints du Temple de Salomon sont de vingt coudées dans les trois directions.

Khaf est un contenant de lumière qui donne et reçoit, une protection apaisante mais aussi le supplément d'énergie qui fait évoluer et révéler.

 

LAMED

La douzième lettre de l'alphabet vient du mouvement de la langue contre le palais.

Elle a un dessin aérien puisque la lettre dépasse vers le haut le carré limite de l'hébreu, comme si Lamed avait des "ailes" pour s'envoler. Le dessin d'origine est une spirale qui s'est progressivement déployée pour prendre la forme d'un "S" élancé. Le mouvement gracieux vers le haut est légèrement incurvé, en signe d'humilité; il suggère une ouverture, un mouvement d'envol et peut-être même un éloignement. Un autre aspect du dessin de Lamed est l'aiguillon de boeuf.

Le sens de Lamed est l'étude qui implique une certaine discipline, donc une contrainte mais aussi une dose de modestie. L'aiguillon est utile pour diriger ou pour stimuler. S'il appuie fortement, l'aiguillon laisse une marque, voire une blessure.

L'aile permet à l'oiseau de s'envoler, de prendre une certaine élévation dans un espace de liberté. L'aile est accrochée au corps de l'oiseau comme une langue dans la bouche. Dans la tradition cabbaliste, on fait un rapprochement entre le battement d'ailes d'un oiseau et le langage.

La Torah qui commence par la lettre Beth se termine par Lamed. La Torah est ainsi la maison de l'étude, puisque "beth" est la maison. Elle est aussi le coeur (lev ou lamed/beth) de la sagesse des mots.

"El" ou aleph-lamed est une désignation du divin. Inversement "lo" ou lamed-aleph est "non" en hébreu. Or Aleph est aussi bien l'unité cachée qu'une forme d'instruction ou d'enseignement. On pourrait ainsi dire que pour un hébreu le divin est l'étude ou la recherche de l'unité. Mais avant de rechercher, il faut commencer par douter, d'où la négation "lo". Dans le même esprit, les Sages nous disent qu'il faut commencer par dire non au polythéisme ou au nihilisme pour parvenir à la voie de l'unité.

"Loul" ou lamed-vav-lamed est une spirale sans fin à ses deux extrémités, comme l'étude. "Gal" ou ghimel-lamed est l'onde qui se propage de proche en proche comme l'enseignement ou l'information. "Galgal", la sphère, est le rythme du temps et de l'espace, le mouvement des astres, le va-et-vient des vibrations, transmettant la lumière de la connaissance à travers l'étude et l'instruction.

La valeur de Lamed est trente, le chiffre idéal d'un groupe de compagnons d'étude et le nombre de niveaux de compréhension de l'attribut Royaume dans l'Arbre de Vie ou les différents niveaux d'apprentissage pour parvenir à franchir son seuil d'entrée. Selon la Tradition, on compte dans chaque génération trente Justes et la hauteur du Temple de Salomon est bien sûr de trente coudées.

Signe altier qui se déroule vers le haut, Lamed est l'envol de la connaissance par l'étude et l'enseignement qui ne sont jamais terminés.

 

MÉM

Mém est un signe qui vient du bout des lèvres.

Son dessin d'origine est l'image de l'ondulation des flots. Elle a deux formes: une forme arrondie et ouverte quand la lettre est au milieu d'un mot, une forme carrée et fermée en finale d'un mot.

Le signe Mém ouvert est complet car prêt à recevoir, en attitude réceptive d'union des contraires ou des complémentaires. Le signe Mém fermé est incomplet, puisque, scellé, il ne permet pas d'union fructueuse.

Le signe Mém ouvert est l'image d'une fontaine jaillissante et limpide, d'un état conscient et révélé de la réalité. Le signe Mém fermé est un écoulement souterrain, image du subconscient non révélé et ces eaux souterraines se révéleront dans les temps messianiques. Leur sceau est assimilé au vêtement qui recouvre la lumière primordiale trop aveuglante. Ainsi, le carré du Mém fermé est le "confinement" de cette lumière pour son atténuation.

Le sens principal du signe Mém est l'eau, mot duel dans sa forme "mém-yod-mém": grâce au bras puissant Yod, les eaux sont séparées en eaux d'en Bas et en eaux d'en Haut. Un signe Mém est ouvert, l'autre est fermé. Une source est révélée, l'autre est close jusqu'à l'arrivée du Messie. Il en est de même des propos de la Torah qui sont assimilés à des eaux: les espaces bornés ou scellés de l'Ecriture (satoum en hébreu) signifient que le texte recèle un sens secret qui ne se révèle qu'à celui qui cherche et qui se révélera à tous aux temps messianiques.

Un autre sens de la lettre Mém est l'argent, la fortune, la matière inanimée. Dans le signe Mém ouvert cette matérialité n'est pas figée. Elle se transforme, elle est capable de recevoir et de donner, de se régénérer et de fertiliser.

La mort est "mawet" ou mém-vav-taw: le signe Mém fermé représente ici les eaux scellées dont un signe (taw) est la mort. Inversement, "tam" ou taw-mém signifie complet, parfait: la marque ou le trait dans les eaux primordiales a permis leur ouverture et la réalisation de l'Oeuvre créatrice.

Maqom ou mém-qouf-vav-mém est le lieu de la présence divine: entre les deux Mém, l'un fermé, l'autre ouvert, le rayon de lumière "qaw" émerge pour concrétiser la volonté du divin, après l'ouverture des eaux Mém (mayim). Maqom est le passage difficile de la matière transformée.

La valeur de la lettre Mém est quarante. Le déluge a duré quarante jours et quarante nuits, le temps de la purification d'une humanité impie (cf quarantaine). La traversée du désert des Hébreux a duré quarante ans, le temps de la maturation et de la réflexion d'un peuple pour atteindre le libre-arbitre et obtenir son unité. Moïse a attendu quarante jours le don de la Torah, le temps de se préparer à recevoir celle-ci, puis quarante autres jours de réflexion, après la transgression du Veau d'Or.

Sur le plan de l'espace, quarante coudées est la longueur du Sanctuaire du Temple de Salomon. Quarante séah est le volume d'"eaux vives" du bain rituel.

Duelle comme les eaux, la lettre Mém est capable de transformation. Ouverte ou fermée, elle peut évoluer et faire évoluer la matière ou les hommes.

 

NOUN

La quatorzième lettre de l'alphabet est obtenue par un mouvement de la langue contre le palais.

Comme le signe Mém, elle a deux formes: une forme fermée quand la lettre est au milieu d'un mot et une forme ouverte quand elle clôt le mot. Le signe Noun fermé est un réceptacle peu profond, un croissant de lune. Le signe Noun s'ouvre vers le bas verticalement. La forme d'origine est celle d'un reptile ou d'un poisson.

Noun ouvert est complet, à la fois masculin et féminin. Noun fermé est l'image d'un poisson en colère, borné, fermé sur lui-même. Noun ouvert n'autorise ni conclusion ni réduction: il éclaire dans les deux directions sans réserve, une lumière infinie. Noun fermé est un récipient limité et, de ce fait, a une capacité définie et mesurable. Conscient de cette pauvreté, il demeure un serviteur fidèle mais borné, une lumière contenue.

"Noun" est aussi le prétendant au trône, le futur roi ou prince, le second qui se prépare à régner. Noun est aussi le secret de la divine présence, la "Shékhinah", la résidente du Royaume dans l'Arbre de Vie. Perception du Nom, dans ses manifestations éphémères, Noun, par extension, est devenu la Connaissance universelle, éclairée et sans limites.

La lettre Noun a le sens de poisson. Le poisson est fertile, se multiplie et se perpétue facilement, mais il dégénère aussi par la tête et devient pourriture.

D'après la Tradition, Noun supporte et nourrit l'œil. Il est un écoulement de la lumière originelle. Ce signe est le symbole de la Connaissance primordiale oubliée. Une chance de l'appréhender est la "sortie", la rupture, l'ouverture des horizons. Précédé du Yod, Noun devient ainsi ''yinnon" ou yod-noun-vav-noun, désignation du Messie, celui qui croît et fructifie. Il désigne aussi le nom tétragramme du divin où le "Hé" est remplacé par "Noun". Ainsi le temps du Messie est celui de l'ouverture totale de Noun, le jour où la connaissance de Dieu sera répandue sur toute la terre.

Mais Noun est aussi la pourriture et la puanteur du poisson non consommé. La connaissance tournée uniquement vers la matière conduit à un état de démence dont l'odeur est celle du poisson pourri. On atteint là les limites du Noun fermé.

Voici quelques associations de lettres permettant de mieux comprendre le sens de Noun. Mém et Noun, lettres ouvertes et associées, donnent "man", ce qu'on a appelé la manne, substance étrange et nutritive qui tombait du ciel pour nourrir les Hébreux lors de la traversée du désert. "Man" a comme sens "quoi?", "qu'est-ce?", une interrogation, un questionnement: la manne est la "question" qui permet d'évoluer dans l'étude et de parvenir peut-être à la connaissance de soi et de la vie. Fermées et associées, les lettres Noun et Mém donnent "nam", le sommeil, l'ignorance qui sont une forme de mort. Ainsi, l'enfer "Guéhinam" signifie aller vers l'ignorance et la mort et le paradis "Gan E'den" a le sens d'aller vers et jusqu'à Noun, la connaissance universelle: les deux sites étant voisins, ils impliquent donc un mouvement dans la même direction.

De même, Noun associé à la lettre "H'et" signifie le repos et donne le nom de Noé ou "Noah'", noun-h'et. Abri voguant sur les eaux, l'arche de survie a sa porte fermée pendant le Déluge, comme le contenant Noun et le mur H'éth sont fermés le temps d'une maturation, d'une réflexion, soit quarante jours. Si cette halte se prolonge, elle se transforme en descente vers les abîmes. Inversement, la lettre H'ét est associée à Noun ouvert dans le mot "H'en", la grâce, la compassion, et ici le passage est ouvert à la connaissance.

La valeur de la lettre Noun est cinquante, le temps d'un jubilé, terme au bout duquel, le monde se renouvelle, le "monde à venir" se situant au bout de cinquante mille jubilés. Dans l'espace, cinquante est le nombre de portes qu'on doit ouvrir pour entrer dans la Connaissance de l'indicible, le nombre de voies différentes pour accéder à l'intelligence du divin. Noun est aussi le nombre de clés ouvrant la voie à la méditation des symboles, les lettres de la Torah.

Noun final a la valeur de sept cent, magnifiant l'accomplissement du sept.

 

SAMEKH

Quinzième lettre de l'alphabet, Samekh est obtenue par un sifflement entre les dents. Sa forme arrondie et massive est comme celle d'un roc. Le dessin à l'origine était différent: trois traits horizontaux barrés par un trait vertical, dessin de l'hiéroglyphe "tét" représentant un tronc d'arbre, "support" de la dépouille d'Osiris et dont le sens est la stabilité.

D'après la « Qabbalah », le dessin du signe Samekh est fermé car il est à l'image du vide qui s'est installé, après le "retrait" du divin, pour permettre la Création. Mais le vide n'est pas absolu: un résidu de la lumière originelle est resté confiné, une impression, une conscience du divin y est potentiellement contenue, comme dans le vase d'épanchement des étincelles de lumière originelle, appelé séphirah.

Le cercle qui se referme sur lui-même est aussi une fin: le cercle est une fermeture, une prison, un "coral" où on tourne en rond, par instinct, nécessité ou entêtement. Mû par la magie, le cercle devient un enfermement sans aucune échappée possible. Mais le cercle peut être aussi une lumière enveloppante ou un soutien matériel et tangible. En effet le sens de la lettre Samekh est celui de support et de soutien: appui pour le pauvre, pour l'opprimé, soutien pour le déprimé ou le diminué ou pour celui qui tombe.

Examinons aussi le sens de mots formés à partir de la lettre Samekh, pour mieux en saisir la portée.

Siman ou Samekh-man est le signe, le symbole, l'augure. La caille ou la manne qui tombent du ciel sont autant de signes pour les Hébreux errant dans le désert. Samekh est le soutien, man est le questionnement: le symbole est le support de la "question" de chacun, de son interrogation.

Associé aux eaux fermées du "Mém final", Samekh donne "sam" qui signifie aussi bien le parfum que le poison, deux sortes d'enfermement ayant néanmoins chacun, à travers la lettre Samekh, une lueur d'espoir: un instant de bonheur physique émanant du parfum, une possibilité de libération ou de fuite dans la mort, par le poison.

Le secret "sod" ou samekh-vav-daleth se trouve dans le cercle d'amis autour d'une table ou le cercle de comploteurs; mais le cercle n'est jamais totalement fermé: le secret suinte déjà par la porte du daleth.

Associé à la maison Beth, Samekh donne "sab", l'ancien, le sage qui est ici le soutien de cette maison et le garant de sa perpétuation. Il s'agit aussi de l'Ancien des Jours, le maître de l'Univers, le Rocher de la maison.

La valeur de ce signe est soixante, substance du monde matériel créé pour soixante siècles, d'après la Tradition. I1 est la substance du peuple d'Israël, représenté par les six cent mille âmes sortant d'Egypte, la substance des soixante traités du Talmud et des soixante degrés de toute âme. De même dans l'espace, la plus grande dimension du Temple de Jérusalem est de soixante coudées, donc sa substance.

Le miracle de ce rocher apparemment inanimé est d'être un appui protecteur et une mémoire recevant et gardant la trace d'une lumière oubliée et par cela même la substance de toute chose.

 

A'YIN

La seizième lettre de l'hébreu vient du fond de la gorge comme la lettre H'eth. Elle est spécifiquement sémitique, difficile à prononcer ailleurs qu'en Orient.

Elle a la forme d'une fourche ou d'une fronde. En fait, sa forme d'origine est liée à l'oeil. Ce signe suggère aussi bien les eaux naissantes rejoignant un torrent que la lumière jaillissant d'un oeil et se reflétant dans le miroir d'autrui.

D'après la « Qabbalah », A'yin est formée des deux lettres Waw et Noun fermé: elle aurait la droiture du signe Waw et la fermeture du signe Noun ainsi que son humilité.

Le sens de la lettre A'yin est la source, l'oeil suggérant un flot, une coulée de lumière ou d'eau. L'oeil contemple un paysage, il est inspiré par le symbole de l'échelle, qui permet de communiquer. Le regard du pauvre et du démuni brille d'intensité et de désir. L'oeil du poisson reste toujours ouvert à l'état de veille (voir Noun).

Voici quelques mots contenant cette lettre et illustrant notre propos. Lié à Daleth, le pauvre, A'yin forme le mot témoin (é'd): le témoignage implique un oeil ouvert et averti mais celui-ci a des limites et l'information du témoin est toujours pauvre.

L'oeil rond et vide de sens caractérise bien le veau dont le nom est "é'guel" ou a'yin-ghimel-lamed.

Lié à Resh, la tête, A'yin forme le mot éveillé (é'r): ainsi l'oeil s'entrouvre d'abord puis la tête comprend. Lié à la lettre Zayin, armure ou parure, A'yin donne "o'z", la force ou "é'z", la chèvre: la force est moins dans l'armure que dans l'oeil qui reflète le courage intérieur; par ailleurs, on connaît l'oeil naturellement fardé de la chèvre.

De même, "A'yin", la source, est au-dessus de la maison, le nuage étant "a'b" ou a'yin-bet, la source d'eau de la maison.

A'yin a une valeur de soixante-dix, le sept amplifié dans l'accomplissement du dix. A'yin représente le nombre des peuples de la terre, le nombre des Justes qui accompagnent Moïse lors du don de la Torah et le nombre des âmes de la famille de Jacob entrant en Egypte.

A'yin abreuve et étanche la soif; mais cette source peut tarir. A'yin est un regard profond attendri, compatissant ou placide mais aussi inquisiteur, accusateur ou cherchant à plaire: il a besoin de Noun pour voir clair. A'yin est aussi à la fois une origine profonde et une cible apparente: dans les deux cas elle est une cavité arrondie

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commentaires

a 08/05/2014 12:49

salut

Anne Onyme 08/12/2013 16:29

Cette analyse d'Albert SOUED est excellente; dommage que son site ne soit plus accessible sinon lorsqu'on lit les articles en cache...Pour info, la table des matières est ici: http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:tFqT-oOVgNgJ:soued.chez.com/conf.htm+&cd=2&hl=fr&ct=clnk&gl=ca

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