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29 mars 2022 2 29 /03 /mars /2022 08:49

Du point de vue profane, LAROUSSE définit «LA CANNE » dans son dictionnaire comme étant : « un bâton flexible servant à pratiquer un sport de combat » ou bien encore : « bâton dont on se sert pour s’appuyer en marchant ». Evidemment, la première définition n’a que peu de sens dans ce temple alors que la deuxième peut comporter un aspect symbolique par transposition. Quoique ? En effet, il s’agit de distinguer celle de cérémonie, attribue de la charge qui sera développée ultérieurement, et celle ayant d’autres aspects dont l’unité de mesure ? Unité de mesure qui, notamment en Provence, comporte une longueur de canne qui varie d’une ville à l’autre avant l’avènement du mètre et de ses déclinaisons permettant la cotation des biens et de toute chose.

 

Composée de différentes essences de bois, la présence de la canne remonte à l’origine de l’humanité selon de multiples usages passant par le prolongement de l’être pour favoriser la collecte des fruits suspendus ou distants, passant de l’arme à l’outil, du support au sport et à l’appui favorisant le mouvement. Ainsi, le bâton devient soutien, défense, guide qui devient sceptre, symbole de souveraineté, de puissance, de commandement dans l’ordre intellectuel, social et spirituel.

 

Également doté d’une connotation magique, en passant de la baguette de fée à la sorcellerie du manche à balais de la sorcière, du bâton de chaman au maître magicien, le bâton est également symbole suprême de réussite. On évoquera alors le bâton de maréchal de France, ou le pouvoir délégué par le roi, à la baguette du chef d’orchestre voire le sceptre d’Agamemnon. Autant d’aspects évoqués, tel le pèlerin qui utilise sa canne sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle ou l’Hermite sur le chemin de la connaissance représenté sur une lame du jeu de Tarot.

 

Enfin rappelons-nous que l’homme primitif eut raison du feu en frottant deux bâtons, du moins c’est la version retenue par la raison des hommes mais il est aussi une légende qui dit que le feu fut offert aux hommes par PROMETHEE qui le déroba à ZEUS en le cachant dans un bâton creux, bâton comme symbole à travers ce mythe qui a traversé toute l’histoire humaine jusqu’à nos jours.

Attribut à l’Origine du Dieu APOLLON, le bâton était alors le symbolisme du caducée qui ne portait qu’un seul serpent enroulé autour  … serpent qui a toujours été associé à l’idée de la mort et de la vie, son venin pouvant être aussi être un remède .C’est peut-être là l’explication du caducée médical dans l’association serpent bâton, le serpent représentant le remède tenu secret tandis que le bâton symbolise quant à lui la Vie.  

 

Dès le XIVème siècle avant notre ère, le bâton dans la main de MOISE trace l’histoire du peuple hébreu, arme redoutable dont se sert le pharaon, sceptre de force et de puissance, que le Seigneur dans l'épisode du buisson ardent va démystifier :  "Le Seigneur dit à Moïse : « Qu'as-tu à la main ? » « Un bâton », dit-il.  « Jette-le à terre ». Le bâton devint serpent et Moïse s'enfuit devant lui.

Le Seigneur dit à Moïse : "Etends ta main et prends-le par la queue". Moise obéît et le serpent redevint bâton dans sa main.

C’est avec ce bâton que Moise frappera par deux fois le rocher MEREBA et ouvrira les eaux du NIL. C’est grâce au bâton que MOISE fera jaillir les sources dans la traversée du désert. Et la Bible d’en avoir fait un archétype de la transfiguration de l’âme par l’esprit divin.
 

Pour finir, la transition maçonnique s’appuie principalement sur l’aspect opératif, en lien avec l’itinérance de nos aînés compagnons bâtisseurs, et l’aspect symbolique de l’objet tenu par le maître des cérémonies, car si la canne peut former la porte basse, elle dispose de fait d’une dimension symbolique par extension et, avant même l’entrée dans le temple, rassemble les maçons et leurs esprits en rassemblant … ce qui est épars comme nous avons coutume de le dire.

 

Symbole d’unité, la canne rythme les tenues en passant du soutien au guide indispensable des déplacements dans le Temple orchestré par le maître des cérémonies. Elle rythme donc les tenues et se révèle le guide indispensable des multiples déplacements dans le temple, car si la canne constitue un attribut normal de l’insigne de la fonction du maître des cérémonies, son emploi n’est nullement ou peu codifié. Ainsi, le maître des cérémonies est décoré d’un cordon dont la couleur peut varier selon les rites mais au bas duquel prend place un bijou, insigne de cette fonction dît aussi : « le bâton de son office ». (bijou composé de deux épées croisées et liées dont l’axe médian est un bâton) .

 

Siégeant en face du trésorier et de l’expert, le maître des cérémonies a notamment la charge de la réception des visiteurs. Il annonce les dignitaires maçonniques qui sont alors introduits avec solennité dans le temple …. Et je ne peux m’empêcher de citer la purification tel qu’énoncé dans le zoroastrisme "Le rite s'opère dans un espace ouvert, délimité par des sillons, à l'intérieur duquel sont creusés des trous pour l'écoulement des eaux purificatrices et disposées des pierres où peut s'asseoir le candidat, tandis que le purificateur se tient hors de l’enceinte et verse l'eau au moyen d'un gobelet maintenu par une chaîne rattachée à une canne."

 

Son symbolisme dans notre rituel trouve donc légitimement sa place, dans les mains du MDC, marquant le rythme de la tenue, guidant nos pas sur le pavé mosaïque qui recouvre le sol de la loge et qu’on ne peut éviter de fouler. Le M des C, à l'image du balancier de l'horloge, est reconnaissable à sa canne verticale, son principal signe distinctif, et aux coups qu’elle frappe.  Ses déplacements ponctuent les temps forts du déroulement réglé de la tenue, Il ne travaille pas seulement pour le juste ordonnancement des choses.  Il est aussi le conducteur des voyages initiatiques. Chargée d’accueillir et d’accompagner toute personne qui entre dans le temple, il leur ouvre le chemin sur lequel nul ne saurait s’y mouvoir de sa propre volonté. Il suit les ordres de la VM et conduit les sœurs ou les frères vers leurs places respectives.
Enfin, il interdit toute volonté personnelle quant au trajet que se doivent d’emprunter les FF et SS et trace, en ce sens le parcours des déplacements en loge.

 

A l’ordre, le maître des cérémonies redresse sa canne, son bras formant alors une équerre avec son avant-bras. D’autres postures rituéliques invitent à tenir fermement la canne par la main droite et qu’il convient de synchroniser ses coups de façon naturelle avec chaque troisième pas. Ainsi, à l’aide de la canne, le maître des cérémonies va fixer le mouvement des maçons en tenue autour de l’axe vertical qui va du Zénith au Nadir. Pour mémoire, cette circumambulation pouvant d’ailleurs s’effectuer dans le sens des aiguilles d’une montre ou à son inverse selon les rites et degrés.

Il s’agit d’induire, grâce à cette circulation autour d’un axe central et du carré long (autre symbole d’unité), une invitation à la concentration propice à l’instauration du silence intérieur lui-même favorable au travail sur soi-même. Nous revoilà donc au cœur même de la démarche maçonnique à travers l’interprétation des symboles et la transmission.

 

Autre représentation du bâton ou de la canne : l’axe du monde.

Cet axe qui soutient le ciel, tout en reposant sur la terre, mais aussi l’axe qui relie ainsi le céleste au terrestre dont les énergies sont maîtrisées par cette incarnation matérielle. Nous parlons ici d’une représentation d’une autorité matérielle et spirituelle. Trait d’union entre ces deux forces, la canne est l’objet permettant d’accomplir les miracles du ciel sur la terre car elle touche les deux de part et d’autre de l’axe ainsi matérialisé. Et donc de relier ce qui est en haut avec ce qui est en bas …

 

Par extension, la canne établie un rapport entre la terre et le ciel à travers l’homme permettant ainsi le passage au sacré.

Afin de rendre visible les étoiles, un coup de canne est porté au sol à chaque invocation et allumage des 3 bougies autrement dites les petites lumières : « FORCE, SAGESSE et BEAUTÉ » posées sur les trois colonnettes.

Il s’agit alors d’éveiller en chaque maçon une manifestation du Sacré pour éveiller en nous la déclinaison de cette lumière associée aux bougies qui unifient l’être avec les énergies universelles ainsi formées par l’arbre de vie. Arbre qui met en communication les trois niveaux du cosmos : le souterrain à travers les racines, la surface à travers son tronc et les hauteurs à travers ses branches.

Muni donc de sa canne, le maître des cérémonies assiste le vénérable maître pour que la descente de la lumière respecte l’ordre cosmique et maçonnique. Il s’agit de réunir en l’homme, et donc en nous, les énergies universelles. Avec l’épée de l’expert, la canne forme une équerre symbolique au-dessus de l’autel des serments visant à magnifier le travail initiatique dans une réalisation spirituelle. Non tranchante comme l’épée de l’expert, la canne du maître des cérémonies contribue également au bon ordonnancement de l’intérieur à travers le combat intérieur mené par l’éternel cherchant.

 

Conducteur des voyages initiatiques, la canne rythme et guide nos pas sur le pavé mosaïque qui recouvre le sol de la loge par extension. Elle ouvre le chemin sur lequel nul ne saurait s’y mouvoir de sa propre volonté et conduit les maçons à leurs places respectives. Si les coups portés au sol relèvent du bruit pour le commun des mortels, il s’agit en réalité d’une vibration pour les maçons qui peuvent en appréhender la portée symbolique depuis qu’ils ont reçus la lumière. Vous l’avez compris il ne s’agit donc pas de retenir la composante matérielle de la canne ou de ses utilisations possibles décrites de façon non exhaustive en avant-propos. Le maçon cherche les symboles y afférents et les interprète dont la fraternité sur chacun peut s’appuyer et ceux liés à la mise en œuvre du rituel.

 

On peut y voir également le symbole du maître qui transmet et maintien droit en équilibre avec la vie comme le tuteur d’une plante qui s’élève ainsi guidée enracinée au sol vers les cieux. Cette planche me renvoie également à l’énigme du Sphinx à Œdipe qui dit en substance : « Quel est l’animal qui marche à quatre pattes le matin, à deux pattes le midi et à trois pattes le soir ? ». Ainsi, au crépuscule de la vie, l’Homme utilise sa canne comme un soutien mais aussi un guide permettant d’avancer vers la lumière même affaiblit ou aveuglé.

 

Prolongement du maître des cérémonies, la canne devance et ouvre la voie aux autres maçons suivant une tradition dont nous tous sommes précédés.  Dignes membres réguliers, soyons dignes du messager en travaillant avec force et vigueur à l’alchimie. À travers les 2 serpents du caducée, symboles de souffre et de mercure, dont les principes antagonistes comme le feu et l’eau, ils sont à la base de la réalisation de l’œuvre unis par le sel ... De la canne à V.I.T.R.I.O.L. , il n’y a qu’un pas.

 

Pour finir remercions grandement notre MdC qui en accomplissant son office, charge le temple d’énergie positive par les vibrations de la canne, tout en insufflant grâce au rite, la symbolique qui s’y rattache.

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