mon parcours maconnique pour transmettre à ceux qui cherchent
A'YIN
La seizième lettre de l'hébreu vient du fond de la gorge comme la lettre H'eth. Elle est spécifiquement sémitique, difficile à prononcer ailleurs qu'en Orient.
Elle a la forme d'une fourche ou d'une fronde. En fait, sa forme d'origine est liée à l'oeil. Ce signe suggère aussi bien les eaux naissantes rejoignant un torrent que la lumière jaillissant d'un oeil et se reflétant dans le miroir d'autrui.
D'après la « Qabbalah », A'yin est formée des deux lettres Waw et Noun fermé: elle aurait la droiture du signe Waw et la fermeture du signe Noun ainsi que son humilité.
Le sens de la lettre A'yin est la source, l'oeil suggérant un flot, une coulée de lumière ou d'eau. L'oeil contemple un paysage, il est inspiré par le symbole de l'échelle, qui permet de communiquer. Le regard du pauvre et du démuni brille d'intensité et de désir. L'oeil du poisson reste toujours ouvert à l'état de veille (voir Noun).
Voici quelques mots contenant cette lettre et illustrant notre propos. Lié à Daleth, le pauvre, A'yin forme le mot témoin (é'd): le témoignage implique un oeil ouvert et averti mais celui-ci a des limites et l'information du témoin est toujours pauvre.
L'oeil rond et vide de sens caractérise bien le veau dont le nom est "é'guel" ou a'yin-ghimel-lamed.
Lié à Resh, la tête, A'yin forme le mot éveillé (é'r): ainsi l'oeil s'entrouvre d'abord puis la tête comprend. Lié à la lettre Zayin, armure ou parure, A'yin donne "o'z", la force ou "é'z", la chèvre: la force est moins dans l'armure que dans l'oeil qui reflète le courage intérieur; par ailleurs, on connaît l'oeil naturellement fardé de la chèvre.
De même, "A'yin", la source, est au-dessus de la maison, le nuage étant "a'b" ou a'yin-bet, la source d'eau de la maison.
A'yin a une valeur de soixante-dix, le sept amplifié dans l'accomplissement du dix. A'yin représente le nombre des peuples de la terre, le nombre des Justes qui accompagnent Moïse lors du don de la Torah et le nombre des âmes de la famille de Jacob entrant en Egypte.
A'yin abreuve et étanche la soif; mais cette source peut tarir. A'yin est un regard profond attendri, compatissant ou placide mais aussi inquisiteur, accusateur ou cherchant à plaire: il a besoin de Noun pour voir clair. A'yin est aussi à la fois une origine profonde et une cible apparente: dans les deux cas elle est une cavité arrondie
PÉ
La dix-septième lettre de l'alphabet vient des lèvres dans un puissant souffle vers l'extérieur.
De forme arrondie, vaguement spiralée, elle suggère un discours sans fin, s'alimentant de lui-même. Le dessin d'origine est d'ailleurs en relation avec la bouche puisqu'il en représente un coin. Pé est un signe manifestement lié au verbe, qu'il ait un sens ou non.
D'après la Qabalah, Pé a une dent à sa partie inférieure, une dent qui réduit les forces cachées de l'Autre Côté. Ces forces néfastes sont représentées par le mot "péraa'" ou pé-resh-a'yin qui a pour sens désordre, notamment dans la tête et dans les idées, et qui a donné un dérivé, le mot pharaon. Ce même mot se décompose en "pé" et "raa'" ou bouche du mal ou le verbe malin. La dent réductrice sépare le bien des écorces du mal, pour pouvoir dégager les étincelles de la lumière originelle, les trente-deux sentiers de la Sagesse.
Le sens du signe "pé" est la bouche: c'est par le baiser de la bouche que sont révélés les secrets les plus intimes. Le verbe peut créer par les idées et les notions nouvelles qu'il transmet de proche en proche. Le verbe est un véhicule essentiel aussi bien de la parole vraie que du mensonge et de la diffamation. La bouche peut filtrer dans le temps et l'espace les idées essentielles en les dépouillant des scories inutiles, ou charrier les amalgames les plus sordides.
Pé a aussi le sens de "po" ou ici, une présence immédiate. Sur le plan mystique, il suggère la présence du divin dans la parole énoncée.
"Pen" ou pé-noun est la face divine ou "la bouche de Noun", le verbe primordial. Le Prince de la Face est une figure courante du mysticisme juif qui aurait le sens de celui qui transmet, par la parole, le savoir ancien oublié. Inversement "pen" est aussi la profondeur et l'intériorité d'une connaissance secrète ou oubliée.
"Par" ou pé-resh est le taureau. "Pé" est la bouche, "rash" est pauvre: quel rapport y a-t-il entre la "bouche pauvre" et le taureau? La majorité des mots à base de "pé-resh" suggèrent le bouillonnement d'instincts mal maîtrisés, la destruction aveugle, voire la folie. Quand la violence ou plus simplement la colère ou la jalousie s'expriment, la "bouche est pauvre", en ce sens que la parole émise n'a ni sens, ni essence. D'un autre côté, lorsque la parole est inexprimable ou ne peut s'exprimer, on retrouve la même violence, le même bouillonnement.
Pé est une lettre redoublée et ouverte en finale. Sans le point intérieur, elle est Phé, légère et éthérée et donne des mots comme "sépher", le livre ou "séphirah", la sphère d'un attribut divin. Avec le point intérieur, elle est "pé", insistante et précise, comme dans "sipour", l'histoire, et dans "mispar", le nombre. Ouverte en finale, elle ressemble au signe Khaf ouvert, avec une tête plus enveloppée, mais elle a perdu la dent inférieure, donc la possibilité de réduire comme dans "kanaph" ou kaf-noun-phé, l'aile ou "oui, la bouche": la parole est comme l'oiseau, le discours, un battement d'ailes.
De même, "tsipor" ou tsadé-pé-resh, l'oiseau, est "pé tsor" ou la "bouche du rocher": il y a ainsi une assimilation du verbe à l'oiseau qui s'envole, et de ce fait, il donne une animation à la matière inanimée ou à la force cachée, le rocher. Avant de s'exprimer, Pé reste un mystère.
La valeur de la lettre Pé est quatre-vingt, l'âge de Moïse quand la Torah lui fut donnée au mont H'oreb, le nombre de concubines de Salomon. Le nombre d'ouvriers maçons façonnant la pierre brute est quatre-vingt mille. Le signe Pé final a comme valeur huit cent, confirmant le huit et la dualité du signe.
Pé est un signe duel: de la bouche peut sortir aussi bien la grâce que le péché, aussi bien la chaleur du réconfort que le feu destructeur. La bouche dispense aussi bien la parole vraie que celle qui détruit et ramène le monde au chaos. La bouche close est le secret de l'étoile du Nord ou de la spirale de la galaxie.
TSADÉ
La lettre Tsadé se prononce contre les dents.
Cette lettre a l'apparence d'un appât qui dupe le poisson et de l'hameçon qui permet de le ferrer. Le dessin d'origine est celui d'une plante qui s'ouvre et qui s'épanouit.
D'après la « Qabbalah », ce signe est composé du signe Yod et du signe Noun: un contenu et un contenant, l'image d'une étoile dans un croissant de lune. Le signe Yod est un point contenu prêt à rayonner, vers le Bas comme vers le Haut. Noun est un récipient limité mais efficace pour contenir une information. Yod est la sagesse d'où a germé l'univers. Noun est ici la Connaissance. Composé des deux signes, Tsadé est l'union de deux pôles, facettes d'une même unité: il a donné le sens qu'on accorde généralement à cette lettre, le Juste ou Tsadiq en ajoutant la lettre Qouf à Tsadé. Sur l'Arbre de Vie, le Juste est au milieu, au niveau du Fondement "yésod", lien entre l'univers créé et son créateur, entre la Torah et le divin. Cet intercesseur est aussi appelé "yinone", yod-noun et, comme la lettre Tsadé, celui qui s'ouvre et qui s'épanouit, le Messie.
Le Juste allie la Rigueur à la Sagesse. Il sait patienter quand il pêche et garde son calme quel que soit le résultat de son entreprise. La Tradition raconte que le grand poisson ou Léviathan sera le repas des Justes aux temps messianiques. A cette époque le Juste aura assimilé Yod, c'est-à-dire la Torah mais aussi "Noun", la connaissance primordiale et universelle, alors retrouvée.
Un autre sens de la lettre Tsadé est côté, latéral, celui qui reste sur la réserve et qui ne s'engage qu'à bon escient, le pêcheur en attente de ferrer son poisson.
La valeur de la lettre Tsadé est quatre vingt-dix, celle de Tsadé final neuf cent, confirmation du neuf. Quatre-vingt-dix est l'âge de Sarah quand elle a enfanté Isaac, résultat de la fin d'une stérilité prolongée. Les premiers hommes célèbres ont vécus l'âge vénérable de plus de neuf siècles (Adam, Noé…)
La lettre Tsadé incite à la réflexion, à la maturation et au changement d'attitude. Elle incite aussi à la patience afin de saisir le moment opportun à l'expression et à l'épanouissement.
QOUF ou QOF
Le signe Qouf vient du palais.
De forme arrondie associée à un trait vertical, ce signe représente l'arrière de la tête ou la nuque. Le dessin d'origine est un cercle ou une double coquille barrée d'un trait.
D'après la Qabalah, le signe Qouf est également composé de deux signes, Resh (voir ci-dessous) et Zayin. Resh a le sens de tête. Zayin est à la fois une armure et une parure. Par son intelligence et sa réflexion (resh), il appartient à l'homme de maîtriser ses instincts de domination et de démonstration (zayin). S'il y parvient, Qouf est alors équivalent à "zer" ou zayin-resh, la couronne, celle qui orne les rouleaux de la Torah. Alors l'âme descend dans le corps humain pour y accomplir sa mission. Si elle n'y parvient pas, Qouf devient alors "raz" ou resh-zayin, l'étranger, celui qui rejoint l'Autre Côté. Dans ce cas l'âme reste étrangère au corps et ne peut accomplir sa mission.
Sur le plan divin, Qouf est le mystère incompréhensible et indéchiffrable raz, le secret. La valeur numérique de Qouf explicite ou qouf-vav-phé est équivalente au mot "maqom", le lieu de la présence divine ou le Royaume de la Shékhinah dans l'Arbre de Vie, le lieu où la lumière d'en Haut devient perceptible à l'homme. Qouf est aussi le lieu de la transformation initiatique, un passage difficile.
Qouf est à la fois la bouche ou le verbe "Pé" et le rayon de lumière "qaw". Le dessin de la lettre peut être décomposé en une partie arrondie, l'imaginaire, ou la puissance suggestive du verbe, et une partie droite, la raison ou l'idée directrice fulgurante et lumineuse.
Qouf a plusieurs sens. I1 est le singe, image de l'imitation et de la vanité de toute chose, de la folie, de la vacuité et de la futilité. Le singe sommeille au soleil et se laisse balancer de branche en branche, montrant son postérieur rouge braise.
Qouf est aussi le chas de l'aiguille, image de la difficulté de traverser, du renouvellement difficile, du passage malaisé, de l'hypothétique renaissance, de l'initiation.
Qouf est aussi un hachoir qui tranche et sépare.
Qouf a le sens également de la possibilité de révolution, du cycle et la racine qouf-pé a donné le tour, la circonférence, l'encerclement. Qouf pourrait être alors la recréation, la régénération après qu'on ait tourné en rond, puis pris conscience de l'inutilité mais aussi de la vanité des choses tangibles et matérielles. Qouf est le retour à l'unité, à travers la multiplicité.
La valeur de cette lettre est cent, magnificence de l'unité. Cent ans est l'âge du patriarche Abraham à sa circoncision. Cent ans est aussi la durée des dix cycles de dix ans de la renaissance de l'aigle phénix qui meurt et renaît, le dernier cycle se terminant par sa totale destruction, puis sa disparition dans l'océan.
Cent est la plénitude et la beauté parfaite de l'unité amplifiée.
Riche en significations, la lettre Qouf est à la fois le verbe et la lumière dont l'émanation est difficile. Elle est secrète car elle porte en elle aussi bien la suggestion de l'imaginaire que la raison incontournable, le fermé et l'ouvert, l'arrondi et l'allongé.
RESH
La vingtième lettre provient d'un mouvement de roulement de la langue dans la bouche.
La forme simple de ce signe fait penser à une tête courbée ou à une canne sur laquelle on s'appuie. La forme d'origine est une tête de bélier stylisée en triangle.
La forme du signe Resh suggère une grande humilité, voire un certain accablement. I1 s'agirait de la dernière étape du cheminement dans l'Arbre de Vie, entre le Juste (attribut du Fondement) et le Pauvre (attribut du Royaume): la pensée intérieure descend, se penche en se baissant et s'exprime par une force, la parole, en s'extériorisant.
Le sens de la lettre Resh est à la fois "rosh", la tête et le début et "rash", le pauvre. La parole est pauvre par rapport à la pensée de la tête, du début. La tête est baissée, soit par respect ou par humilité, soit aussi par abattement dû à la misère. Resh contient la dualité d'une attitude acceptée ou subie. La descente dans la caverne de la connaissance comme l'entrée dans la compréhension des choses se fait avec humilité et nécessite de la patience. La sortie de l'Eden paradisiaque est subie. Le Retour est volontaire et accepté mais il implique de courber la tête pour tirer de la terre le pain de la survie et pour nourrir en soi un espoir.
La tête baissée est aussi celle de la honte comme dans "raa'" source du mal, mauvais. Le même mot "réyaa', resh-a'yin a le sens de projet, d'intention, de pensée. La fracture originelle a eu comme conséquence de mélanger le bien et le mal. Mais n'est elle pas le projet divin qui offre à l'homme l'opportunité de faire l'effort pour les différencier? La tête est alors baissée pour mieux avancer dans le tumulte de la tempête. La misère de l'homme n'est qu'une étape après les errements. Bientôt, grâce à un début (Resh) de connaissance (Noun), il pourra trouver le sentier de la lumière (ner ou noun-resh), relever la tête et chanter un Cantique dans la maison de la sainteté, héritage pour de nombreuses générations.
Resh est aussi un sommet qu'on doit atteindre, une pensée qu'on doit développer, un principe qu'on doit appliquer.
Resh a comme valeur deux cent et se distingue par la dualité portée à son extrême.
A travers le signe Resh, on perçoit que l'abaissement dans l'univers matériel n'est qu'un début et une possibilité de retrouver un front haut, par un effort individuel de reconstruction de sa maison intérieure.
SHIN
Shin vient d'un souffle entre les dents.
Cette lettre a la forme d'un trident ou d'un tricorne, forme d'origine.
D'après la « Qabbalah », le signe Shin est constitué de trois Yod et de trois Waw, c'est-à-dire de trois points d'où sont issus trois rayons de lumière, points assimilés aux trois séphirot Sagesse-Discernement-Connaissance. En fait, le signe Shin comprendrait une quatrième branche ou un quatrième rayon caché, qui se révélerait dans les temps futurs. I1 s'agirait du dédoublement de la Connaissance à un niveau différent, du côté "féminin" de l'Arbre de Vie. Ce deuxième niveau de la connaissance dépasserait le niveau de compréhension de l'homme, mais lui permettrait de se dépasser.
Le sens du signe Shin est la dent, la molaire, l'ivoire Cette lettre a donné l'année "shanah", shin-noun-hé, le changement "shinouy", shin-noun-waw-yod et le deuxième "shény", shin-noun-yod. Avec ses trois branches, le signe Shin suggère la trinité, une stabilité statique, un équilibre, un état de repos entre un principe et son contraire, le non changement, la répétition du cycle annuel et sa transmission. L'émergence de la quatrième branche cachée, soit le quatrième yod-waw, transformerait Shin en "shinouy" ou changement.
Un autre sens dérivé du signe Shin est "esh", le feu, comme la sonorité sèche du mot. Shin est l'une des trois lettres mères avec Mém, l'eau, la matière et Aleph, l'air. Ces trois éléments sont en équilibre stable, l'air équilibrant la dualité du feu et de l'eau. Or cette dualité est shin-mém, "shém", le nom, la désignation dont la finalité est l'unité indifférenciée de Aleph.
Le feu se transmet et révèle la richesse ou l'aridité du terrain.
Le soleil qui est une boule d'hydrogène en feu est "shemesh", shin-mém-shin, l'eau à l'intérieur du feu, la miséricorde entourée par la rigueur.
Shin a donné la racine ou "shoresh", shin-resh-shin. On peut imaginer un arbre à la cime courbée qui reprendrait racine par la tête, en marcottant. En fait cet arbre est doublement enraciné, dans la terre et dans le ciel, pour constituer le maillon d'une chaîne de transmission.
Shin est aussi l'arc qu'on tend pour tirer une flèche, une dent ou sa racine. L'arc transmet, la racine aussi.
Shin devient "sin" en perdant le chuintement au profit d'un sifflement, quand le point sur la branche de droite passe à gauche. Associé au signe Taw, Shin donne le sens de fondement et, Sin, le sens de ruine ou de désolation. Associé au signe Dalet, la porte, on a le sens général du gardien de la porte, celui qui tire et introduit, avec Shin, et celui qui arrête et barre la route avec Sin. Associé à Resh, la tête, Shin donne le sens de chaîne et Sin, celui de secret.
Shin a la valeur de trois cent, comme le nombre de profanes qui attendent dans le parvis du Temple ou la longueur en coudées de l'arche de Noé, liaison entre une humanité perverse et condamnée et une autre, purifiée par l'eau du déluge et renaissante.
Shin est un signe caractéristique par son ambiguité: à la fois mouvement et non mouvement dans la stabilité, le feu protecteur de la chaleur, mais aussi celui de l'embrasement destructeur, un chuchotement et un sifflement, l'intelligence et la folie: il nous montre la voie du ciel, celle de la terre, la rigueur et la miséricorde. En fait Shin est une lettre secrète qui tient cachée en elle le chemin du repentir, du retour ("shouw", shin-waw-beth): elle peut le divulguer à celui qui cherche et qui le mérite.
TAW
Taw vient d'un mouvement de la langue contre le palais.
Vingt-deuxième et dernière lettre de l'alphabet hébraïque, Taw suggère un dessin, un signe à déchiffrer. Elle suggère un croisement de lignes et le dessin d'origine est constitué de deux lignes croisées, signature instinctive de l'homme simple.
D'après la Qabbalah, la lettre Taw est composée de deux lettres, Daleth et Noun: elle aurait ainsi comme sens immédiat, "la porte de la connaissance primordiale oubliée". Elle est aussi une réminiscence, une impression des mondes antérieurs dans l'univers présent. Daleth-Noun est aussi "dan", le juge: pour exercer son jugement, le juge a besoin de rectitude, de Taw croisé à angle droit. Taw n'est ni du côté de la rigueur, ni du côté de la miséricorde. Il est au milieu de l'Arbre de Vie, au niveau de Tifeéret, attribut qui commence et se termine par Taw.
On retrouve le juge dans le mot "adon" ou sire, une des sept désignations divines qui commencent par la lettre Aleph, l'unité. Adon ou aleph-daleth-vav-noun contient le signe Taw par le daleth-noun et devient alors aleph-vav-taw, soit le signe, le symbole, mais aussi aleph-taw-vav, "avec lui". Le Maître de l'univers a le signe avec lui. Il est la totalité de l'alphabet, de Aleph à Taw, de l'unité cachée vers le signe révélé par un symbole ou par un fait extraordinaire, appelé miracle.
Le sens de Taw est justement la marque, le signe, la lettre. I1 est le signe par excellence, la signature de l'analphabète, la marque de reconnaissance, le trait dans la matière. D'une façon plus concrète, Taw est l'empreinte immanente de la transcendance, le trait apparent du moi intérieur, la marque de la réalité ou d'un pressentiment, l'objet ou le dessin qui va subjuguer les foules, en faisant ressortir une émotion, amour ou haine.
Taw signifie aussi "plus, encore" ("tou"): une quête de plus de lumière, de plus de valeur ajoutée ("yoter"), de plus de réparation par une volonté librement consentie et de moins de prédestination.
Associé au Mém, les eaux, Taw donne "tam", la perfection, résultat du trait dans les eaux du Chaos pour les séparer et créer l'univers. Taw est le trait dans les eaux et la trace de l'univers primordial et des mondes antérieurs. Dans le mot Torah, Taw est le trait ou le signe à la tête, en haut du signe Hé, l'ouverture vers l'extérieur, l'étude, l'enseignement, le parfum des cieux.
La valeur de la lettre Taw est quatre cent, du signe de la matière et de la stabilité dans le mouvement. Taw a une valeur symbolique particulièrement riche, du fait qu'il est le signe par excellence (voir aussi "la richesse du signe taw").
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On a balayé en quatorze séquences les vingt-deux lettres hébraïques de Aleph à Taw. Cet aperçu limité n'a d'autre but que de faciliter au lecteur la compréhension de l'Ecriture et de défricher le chemin qui peut le mener au Pardès, le jardin odoriférant. I1 est clair qu'aucun exposé sur ce sujet particulier ne peut être dénué de toute subjectivité, ni être exhaustif.
"Vingt-deux lettres de fondement. Il les a gravées et burinées. Il a combiné leur poids et les a interverties, et Il a formé selon elles tout le "formé" et tout le futur à former."
(Le livre de la Création -chap 2 par 2)
LES LETTRES SONT LES INSTRUMENTS DE LA CRÉATION
D'après la Tradition, les lettres sont les éléments constitutifs des vibrations de l'univers.
"Lorsque le Saint- béni-soit-il a créé son monde, il ne le créa qu'avec la Torah; et la Torah existait deux mille ans avant que le monde ne soit créé, ainsi qu'il est dit: "Je faisais ses délices, jour après jour" (Proverbes chap vers 30). Une tradition enseigne: "Quand la Saint-Béni-Soit-Il créa son monde, il disposa la Torah, comme il est écrit: "Alors il la vit et l'évalua, il l'apprécia et même la scruta" ( chap 28 vers 27); et il créa avec elle le monde, puis il la cacha, jusqu'à ce qu'il crée le premier homme à qui il l'enseigna, ainsi qu'il est dit: "Et il dit à l'homme: la crainte de Dieu voilà la Sagesse et s'écarter du mal, voilà l'Intelligence"
(Livre de Ruth du Zohar).
Dans l'ordre inverse, à partir de la dernière lettre "taw", qui signifie "le signe", les différentes lettres de l'alphabet se présentent successivement devant Dieu pour créer le monde. Il les écarte les unes après les autres, mais retient "beth", la deuxième lettre qui a la valeur deux, pour créer le monde. La Tradition enseigne que Dieu a fait de la lettre "beth" comme un coffre qui contiendrait un trésor et qui prit toutes les lettres avec lui pour créer le monde. Et celles-ci furent appelées "avant", parce qu'elles furent créées deux mille ans avant que ne soit créé le monde. Et c'est avec la Torah, appelée aussi "avant" que Dieu créa ainsi le Monde, la Torah étant un agencement particulier et secret des lettres contenues dans les différents noms divins.
Cette tradition de la création du monde avec les lettres de la Torah, notamment avec le "beth" qui initie et contient toute l'Ecriture, est rapportée par l'oeuvre maîtresse de la Qabbalah, le Zohar ou Livre de la Splendeur.
La même tradition enseigne que, d'une part, les lettres sont des anges et que, d'autre part, à chaque âme sur terre correspond une lettre de l'Ecriture, chaque âme étant une lettre, et devant y trouver sa place. Ainsi d'après Aboulafia, "les lettres sont la racine de toute sagesse et de toute compréhension, sans nul doute, et elles sont par essence, la matière de la prophétie...elles sont perçues comme si des anges purs et vivants actionnaient leur mouvement, et les enseignaient à l'homme qui les permute par rotation, sous forme d'anges éthérés dessinant de leurs ailes, en volant, des formes circulaires, et elles ne sont rien d'autre que le "souffle du souffle"...ainsi après que les lettres prennent corps sous forme d'anges du service qui connaissent tout sur la science musicale... et c'est par leur voix que se révéleront les choses à venir, et les nouveaux procédés susceptibles de renouveler la science prophétique."
(Extraits de "L'expérience mystique d'Aboulafia" par Moshé Idel- Edition du Cerf)
Mais âme et ange sont des entités distinctes qui ne se confondent qu'exceptionnellement dans "le Juste", l'âme du Juste devenant un ange.
Par ailleurs, graphismes évoluant dans le temps, les lettres sont des "signes" reflétant et influençant le psychisme de l'homme qui les dessine. Cette alchimie lente qui régit les rapports entre la pensée profonde de l'homme et son moyen d'expression favori, le dessin, a joué un rôle indéniable dans le contenu de la Qabalah, eu égard à la création de l'Univers et à son évolution. La lettre serait le matériau de base aussi bien de l'univers matériel que de l'univers immatériel des anges et des âmes. Dans de nombreuses traditions, on retrouve ces liens étroits entre la recherche mystique et la calligraphie par exemple.
LES SIGNES DE SANG ET D'ENCRE
Les Sages ont souvent rapproché deux choses apparemment éloignées, le sang et l'encre. Lorsqu'il est contenu, le sang permet de vivre et de rêver, mais répandu, il signifie la mort. En revanche, répandue, l'encre permet de consigner par écrit l'expression de la vie et de la rêverie, et, contenue, elle est l'image du silence et du sommeil, proche de la mort.
En hébreu, le sang "dam", dalet/mém, est à l'origine du mot "demout" ou ressemblance ou imagination, ou d'une façon plus générale, l'imaginaire ou l'instinctif. L'encre est "dyo", dalet/yod/ waw, équivalent à la lettre "yod". L'encre ou l'écrit est le résultat d'une réflexion rationnelle et il dessine un graphisme ou une image, en donnant des sens aux signes et à leur assemblage.
D'un côté, avec le sang, on a le signe intangible de l'imaginaire, pouvant aller jusqu'à l'illusion et, de l'autre côté, avec l'encre, on a la marque tangible et bien réelle du signe dessiné ou de la lettre écrite. En poussant à l'extrême cette rhétorique et en inversant les deux propositions, on peut dire que les limites extrêmes de l'imaginaire ou de la raison sont morbides, puisque le sang rouge répandu vire au noir et à la mort, et que l'encre noire contenue et non répandue dans le signe, est une feuille blanche et muette.
Sur le plan psychique, il s'agirait d'une vision intérieure, celle du "Soi", qui intègre la dualité réversible du sang, image de l'imagination, de l'instinct et des pulsions, appelée "imago", et de l'encre, image de la raison, de la sagesse et de la maîtrise de soi, appelée "intellectus agent". L'essentiel pour Aboulafia est de parvenir à connaître leur essence par des preuves rationnelles, de distinguer entre leurs deux manières d'être, de comprendre le grand fossé qui les sépare, de savoir si toutes les deux ne sont qu'une même réalité, ou deux réalités combinées, si elles sont séparables ou si elles ne peuvent être séparées... "Or, ce n'est qu'en voyant leur combat en notre coeur que nous connaîtrons qu'elles sont deux et qu'elles agissent l'une sur l'autre, l'une en fonction de l'autre, et c'est pourquoi, il est un temps pour celle-ci et un temps pour celle-là, et pour le moment ce n'est qu'un petit point indivisible, et qui dure moins qu'un clin d'oeil.."
LES ANGES SONT EN SERVICE COMMANDÉ
Les anges sont des messagers divins, incorporels et psychiques, constitués d'une matière éthérée pour certains, de feu et d'eau pour d'autres; ils se situent aussi bien du côté de la rigueur que du côté de la miséricorde, du côté du mal et de la domination que du côté du bien et de l'abnégation.
Ces derniers ont été créés le premier jour de la création, le jour de la séparation de la lumière et de l'obscurité. Les premiers sont nés le deuxième jour, lors de la séparation des eaux et de la création de l'univers.
Les anges sont généralement immortels mais imparfaits. Ils connaissent l'avenir à court terme; leur mission est temporaire, ponctuelle, précise et limitée. Ils apparaissent dans un songe, un rêve ou une vision et prennent l'aspect d'un homme, souvent celui d'un être ailé, rarement celui d'un animal. La Tradition les décrit comme des êtres "sans articulation", incapables de plier le genou, pour dire qu'ils sont des émissaires en service commandé, accomplissant leur mission comme les soldats d'une armée, d'un corps organisé hiérarchiquement.
Les anges sont chargés de garder les sept palais qui entourent le Trône de Gloire et de veiller sur celui-ci, pour maintenir à distance les âmes non préparées qui souhaitent y parvenir. L'archange "Métatron" vérifie le niveau de préparation et procède au complément d'enseignement.
Les anges louent Dieu tous les matins et, dans ce sens, ils sont les concurrents des hommes.
Mais la mission la plus importante est de faire le lien entre l'Unique et l'univers en transmettant des messages et des informations dans les deux sens: ainsi d'après la Tradition, l'archange Michaël, qui est chargé de veiller sur Israël, parcourt le monde en un seul bond. L'archange Gabriel, préposé aux songes, parcourt le monde en deux bonds. Elie, ange apparaissant comme prophète sur terre, fait quatre bonds pour annoncer la bonne nouvelle à l'homme et l'aider dans son parcours terrestre. Quant à l'ange de la Mort, il fait huit bonds.
LES ANGES ET LES LETTRES
Les lettres sont des signes qui s'organisent en mots, phrases, paragraphes, chapitres, livres.... Les voyelles donnent "une âme" à ces signes: grâce à elle on peut prononcer des mots qui ont un sens. Ainsi on passe de l'écrit "sepher" (livre) au vocalisé ou raconté ou récité "sipour" (histoire ou mythe). A un niveau plus élevé, des signes particuliers font chanter des phrases pour leur donner un sens plus nuancé ou les faire vibrer en une en une âme supérieure. En allant plus loin et à un niveau différent, en donnant une valeur numérique aux signes, on peut les combiner et les permuter en un nombre presque infini de mots. Ces combinaisons et ces permutations génèrent des mots et des sens nouveaux, des liaisons imprévues, des rapprochements de pensées intimes qui sondent les profondeurs de l'être, font rêver ou bondir d'une conception à une autre ou permettent de s'évader vers des horizons que certains qualifient d'angéliques.
La Torah écrite révélée appelée "sepher" a engendré la Torah orale ou "sipour" puis, grâce au nombre "mispar" et à la combinaison de lettres appelée "tsérouf", elle atteint le niveau du décodage par l'homme: l'élargissement de l'écrit vers le prononcé, le chanté puis le compté et le combiné est un processus de rapprochement de l'humain et du divin; peut-être aussi pour une meilleure connaissance mutuelle, à travers des lettres devenues anges ou des anges devenus lettres. Les lettres se détachent, se retournent, se rassemblent puis s'éloignent dans une danse ressemblant à une farandole. Leurs associations fugaces ont des tons et des rythmes multiples puis tout d'un coup une harmonie de sons et de sens se déploie et scintille: on se trouve devant un chant de signes.
LES VOYELLES SONT DES ÂMES
Comme les lettres, les voyelles sont des signes: elles permettent de prononcer des mots ayant un sens. Elles animent les lettres en leur donnant une âme. Cette assimilation des voyelles aux âmes n'a pas échappé aux Sages qui ont défini cinq âmes correspondant chacune à un type de voyelles. Celles-ci peuvent être repérées sur l'Arbre de Vie, chaque âme correspondant à une "séphirah" ou attribut divin.
a
En hébreu, la voyelle "a" suggère l'ouverture mais aussi la fermeture, comme on desserre ou on serre un poing. Ouvrir ou fermer la bouche, inspirer ou expirer profondément est un besoin naturel, biologique: l'âme "néphesh" est l'âme végétative qui maintient le corps en vie, l'âme naturelle que tout homme a reçue. Cette âme est assimilée à la voyelle "a" et à la séphirah "Royaume", au niveau le plus bas de l'Arbre de Vie ou le plus proche de l'humain.
o ou ou
Pour prononcer "o" ou "ou", on arrondit la bouche en soufflant; en hébreu, cette voyelle suggère la récupération des forces physiques par le sommeil et celle des forces psychiques par le rêve. Les lèvres se rapprochent, émettent un son soufflant, pouvant devenir sifflant quand on dort. "O" et "ou" sont obtenus par des signes spécifiques ou par la lettre "waw". Comme le "waw", ces voyelles sont au centre de l'Arbre de Vie, dans la "beauté du coeur" ou tifeéret. L'âme correspondante est "rouah'" ou l'esprit, littéralement le vent qui, dans son souffle, rapproche ou sépare. Elle suggère une conduite morale exemplaire et une volonté de connaître l'Ecriture.
é
La voyelle "é" selon qu'elle est longue ou courte a le sens d'étroitesse et de détresse d'un côté, d'un trésor qu'on acquiert et qu'on thésaurise, de l'autre coté. Le signe "é" est conformiste, é…Le signe long est matérialisé par deux points, à l'horizontale, le signe court, par trois points en triangle, comme une grappe de raisin. La respiration devient ici difficile, le ronflement s'étouffe dans un passage étroit. L'âme supérieure appelée "néshamah" a du mal à émerger. Pour y arriver, il faut un effort sur soi, de la rigueur. Il faut se conformer et s'adapter. L'âme "néshamah" est l'âme sainte, la force profonde qui conduit aux secrets divins et à l'univers caché.
"Nephesh et rouah' sont enlacées, alors que néshamah a sa demeure dans la nature intime de l'homme, en un lieu qui ne peut être connu ni découvert. Si un homme aspire à une vie pure, il y sera aidé par la sainte néshamah, par laquelle il est purifié et sanctifié et il atteint le rang de saint" (Zohar)
D'après la Tradition, la néshamah incite l'homme au repentir. Sur l'Arbre de Vie, on la situe dans les séphirot supérieures du côté de la rigueur, au Discernement.
i
La voyelle "i" a le sens de cri perçant, incisif, d'un grincement de dents. Son signe est un point inférieur mais elle peut être aussi obtenue par la lettre yod. Cette voyelle est l'âme cachée, appelée "h'ayah" littéralement le principe de vie. Supérieure à néshamah, cette âme est l'image dans l'homme du retrait divin appelé "tsimtsoum": sur l'Arbre de Vie, elle est au niveau de la Sagesse (h'okhmah), du point primordial, du "point aigu", à partir duquel la Création se déploie. "La crainte de Dieu est le début de la Sagesse", telle est la devise de cette âme, une respiration concentrée et perçante, le "respir du respir" selon l'expression du Zohar, l'âme qui incite l'homme à la crainte de Dieu et à l'amour de la Torah.
e
La voyelle "e" signifie égal, pair, indifférencié, le secret imprononçable et inaccessible, l'égalité parfaite qui efface toute possibilité de réalisation. Ici la respiration s'estompe car l'âme "yeh'idah", l'âme des âmes, l'unique, est hors de portée puisqu'elle est sur le chemin du caché, dans la Couronne supérieure de l'Arbre de Vie. Pour cette raison, cette voyelle, matérialisée par deux points superposés, n'est pas prononcée et elle est remplacée par un "é" faible.
L'ALPHABET HÉBREU EST STRUCTURÉ
"Selon trente-deux mystérieux sentiers de Sagesse, Yah, Seigneur des armées, Dieu-Vivant et Roi du Monde, El Shaday, miséricordieux et donnant grâce, supérieur et suprême, résidant éternel d'En-Haut, et son nom est sacré, a gravé et créé son monde par trois sépharim: par mispar, par sipour et par sépher, par dix séphirot bélimah et vingt deux lettres de fondement: trois mères, sept redoublées et douze simples".
C'est par ces mots, constituant son premier paragraphe, que débute le Livre de la Formation (sépher yétsirah), composante essentielle de la Qabalah. Ce texte court et apparemment mystérieux contient des notions essentielles
DIVISION ONTOLOGIQUE
L'alphabet hébreu contient vingt-deux lettres auxquelles s'ajoutent les formes finales de cinq lettres, le khaf, le mém, le noun, le pé, le tsadé, soit vingt-sept signes. Ceux-ci peuvent être répartis en parts égales aussi bien sur le plan des valeurs en base décimale que sur le plan ontologique.
Neuf lettres, de aleph à thet, de valeur un à neuf sont les bases élémentaires de la construction de l'univers, le plan où elles se situent étant celui des archétypes, images universelles du microcosme. Les neuf lettres suivantes, de yod à tsadé, de valeur dix à quatre-vingt-dix sont les bases des réalisations terrestres, à l'échelle de l'homme. Les quatre dernières lettres, de qouf à taw et les cinq formes finales, de valeur cent à neuf cent représentent le macrocosme. Chacun de ces trois mondes est le reflet de l'autre et leur similitude est comme une image fractale.
Les premières lettres de chaque série de neuf lettres, aleph, yod, qouf suggèrent la création à partir de l'unité, leur valeur se ramenant à celle-ci: aleph est le chef qui instruit, yod est le bras qui agit et qouf est le passage difficile.
Les lettres suivantes représentent la dualité sur le plan ontologique: beth, la maison, khaf, la paume de la main, resh, le début ou la tête; puis vient le mouvement du ghimel qui va vers l'avant, lamed qui s'envole et shin qui s'enflamme et s'élève vers le haut, comme le feu; ensuite la matière se consolide avec daleth, la porte, mem, les eaux, taw, le signe puis vient le souffle de l'esprit ou de la vie avec le hé, fenêtre vers l'extérieur, noun, le contenant de la connaissance primordiale, khaf final, contenant du psychisme, puis c'est la conjonction ou la fermeture avec waw, le crochet, samekh, le support fermé, mém final, les eaux encore contenues, puis vient la semence et la lumière par le zayin, à la fois arme et décor ou fard, a'yin, source et oeil et le noun final est la lumière primordiale, la connaissance qui s'épanche vers le bas; elles sont suivies par des ouvertures à travers le h'eth, la porte du bas ou l'ouverture d'un rempart; le pé et le pé final, le verbe qui s'exprime et qui s'ouvre pour construire ou pour détruire, et enfin la perfection du dessein du Juste, à travers le mystérieux téth, le tsadé et le tsadé final.
LES LETTRES-MÈRES
Aleph, mém, shin sont les lettres mères en ce sens qu'elles sont l'image des trois plans perceptibles de l'espace et des trois éléments constitutifs de la matière, mem, l'eau, shin le feu et aleph, l'air, celui-ci maintenant l'équilibre entre les deux autres.
Aleph est un signe, image et valeur de l'unité, contenant implicitement la dualité. Aleph est l'unité indicible, l'unité cachée. Mém représente la matière et son image est un carré de valeur quarante, c'est à dire quatre fois dix. Shin est un trident de valeur trois cent, c'est-à-dire trois fois cent.
Les trois lettres mères couvrent les trois domaines cosmiques vus ci-dessus et la somme dix de leurs valeurs significatives: 10=1 + 2 + 3 + 4 ramène à l'unité.
La combinaison de ces trois lettres donne six mots qui sont autant de sceaux, dont trois ont une forte empreinte, aleph/mem/shin est la nuit, mém/shin/aleph est le fardeau, shin/aleph/mém est "car si" et les trois autres ont une faible empreinte: aleph/shin/mém est la faute légère, mém/ aleph/ shin est "du feu", shin/mém/aleph est "peut-être".
LES LETTRES REDOUBLÉES
Les lettres redoublées sont celles qu'on prononce d'une manière dure ou douce selon qu'elles contiennent un signe-point ou non. Les sept lettres redoublées sont bet-ghimel-dalet et khaf-pé-resh-taw. Certaines lettres ont perdu avec l'usage leur redoublement dans le langage moderne: ghimel, daleth, resh, taw.
Ces lettres se distinguent par la dualité de leur prononciation et cette dualité se manifeste dans les deux mots composés ci-dessus: b/g/d est à la fois la protection par l'habit et la trahison, kh/p/r/t est à la fois la couverture par un couvercle et le reniement.
Les sept lettres sont les six directions de l'espace ou les six faces d'un cube, plus le centre. Elles rythment le temps hebdomadaire et sont l'image de sept dualités de l'homme: vie-mort, paix-guerre, sagesse-sottise, richesse-pauvreté, culture-désert, grâce-rigueur, folie-servitude.
LES LETTRES SIMPLES
Les douze autres lettres restantes sont dites simples et n'ont de caractère spécifique que par leur nombre, le duodénaire qui suggère les douze arêtes d'un cube, donc l'espace et les douze mois de l'année qui rythment le temps, les phases solaire et lunaire, le zodiaque. Sur le plan humain, elles suggèrent les sens, les sentiments et les activités de l'homme.